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Date de saisie : 12/07/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Auteur : Jean-Luc Coatalem
Prix : 15.00 €
ISBN : 9782842636883
GENCOD : 9782842636883
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Sorti le : 04/01/2012
Une île australe, perdue. Aux antipodes de tout. Antipodia. Battue par les vents. Loin des zones de pêche. Dessus, entre deux coups de chien, un chef de poste qui se fait donner du «Gouverneur», un mécano qui cache son jeu, quelques chèvres. Si le premier tourne en rond, remâchant sa disgrâce sur le petit périmètre de l'île, le second cavale comme un lièvre, heureux, ravi. Son secret ? Une plante mystérieuse : le reva-reva. Celui qui l'absorbe fait entrer aussitôt ses rêves dans la réalité. Mais l'hiver et la glace arrivent. Un naufragé aussi, sur un bout de bois, poussé par des vagues. Lui, un Mauricien, s'appelle Moïse. Il se croit sauvé des eaux froides. Il pose son pied nu sur la grève désolée. C'est alors que tout commence. Que tout éclate. Et qu'Antipodia résonne tout entière.
Avec Le Gouverneur d'Antipodia, Jean-Luc Coatalem signe dans un récit tendu une étonnante robinsonnade, à mi-chemin entre Jules Verne et Stephen King.
Jean-Luc Coatalem, tous ses livres en témoignent, est du club de ceux qui aiment à «tâter de la rondeur» de la planète. Il aime également à goûter les retombées poétiques de l'élan voyageur : étiquettes jaunies et guêtres en cuir de buffle, lunettes de visée et ombrelles de lin, boussoles de cuivre et carabines allemandes, toute la brocante de l'errance aventureuse. Ce goût tout à la fois poétique et forcené s'incarne cependant dans des figures rares. Tel celui qui nous parle debout sur la grève d'Antipodia, parcelle antarctique, «une île perdue, cernée de vagues puissantes, devant, derrière, partout», François Lejodic, mécanicien et amoureux déçu. Depuis il fait fonction de vigie de la République tricolore sur cette miette granitique, poncée par la marée, abrasée par les vents, piquetée de chèvres voraces. Lui sert de compagnon et de supérieur un rejeton des Paulmier de Franville, famille amirale, diplomate en disgrâce qui vit l'endroit comme une Sainte-Hélène à la nudité vertigineuse : «En mon royaume vide, comptable des nuages, prince des nuées, je suis le négus du Grand Rien.» Chacun arbitre son quotidien à sa façon : songes érotiques et maintenance du matériel, rêves de pouvoir et taquineries érudites. Une revue d'inspection épicée d'une foulure au pied, la visite à une base météo, l'arrachage d'une molaire prennent stature de dates majeures. Puis le temps joue son rôle d'acide, attaque, délite, excite : la rêverie tourne à l'obsession, le songe exotique à la vision homicide, les tensions s'exacerbent, les violences surgissent entre Antipodiens, un délire épais que rien ne parvient à réduire.
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Jodic
Cette île est un paradis. Cette île est un enfer. Parfois les deux en même temps, dans la même heure, une même journée. Ça dépend des bourrasques, des pluies, du brouillard. Et de la houle si elle cogne en furie sur la falaise ou si, au contraire, elle veut bien s'apaiser, transformant l'océan austral en un lac profond et muet. Je m'en accommode.
L'été, si bref après un printemps inexistant, Antipodia ressemble à une plaine de Mongolie mais avec des bosses, des creux et de sacrés pitons. Son herbe verdit, jaunit et puis se fane vite sous les dizaines de milliers d'oiseaux marins qui nichent et s'en vont.
L'automne, des éclairs cruels et zigzagants déchirent le ciel. Les plus hardis, les plus joueurs, aiment à nous défier sur la grève de galets. Certains nous coursent jusque dans les bois.
En hiver, la température chute autour de moins huit ou moins dix degrés. Les rafales de vent dégringolent des pics glacés et, par choc thermique, font fumer la mer, tapis sombre qui prendrait feu. Au plus extrême, l'anse Possession peut geler ; les rochers devenir cassants comme du verre. Nos respirations se transforment en nuages de cristaux qui se brisent au sol en un doux cliquetis. Hivernants, nous avons alors ce sentiment d'être perdus dans le vide, sur une planète abandonnée, gravitant au milieu de l'infini, cette mer éternelle. Ou, selon la lumière, d'être tombés au fond d'un bocal, parmi des bleus salis et des verts éteints. Et c'est tant pis ou tant mieux. Il n'y a plus que la radio qui nous relie aux autres, mince cordon de codes et de chiffres. Et encore.
Personne ne s'y est fait, m'avaient-ils répété à Brest et à Port-Hobart. Pour autant, je ne pourrais plus vivre ailleurs. Il n'existe rien d'autre désormais de plus sûr qu'Antipodia, j'en suis convaincu. Le réel s'arrête ici ou plutôt il renaît avec moi, sous mon regard, parmi ce lichen étoile et ces algues caoutchouteuses. J'ai oublié le monde d'avant, celui des jardins peignés, de la musique du dimanche dans les kiosques au toit biscornu, des filles aux robes fluides, des restaurants de la Côte d'Azur où l'on sert du chianti dans des verres embués, de la panna cotta et des sorbets à l'anis. Des parades militaires, des tramways orange et blanc, des piscines chlorées. Le monde des avions à réacteur, des journaux à l'encre fraîche, des autos filant sur les routes à six voies. Le monde de Virginie.
Ma vie d'autrefois est devenue un rêve effiloché, qui ne me tourmente plus que par intermittence, pareil à un vaisseau rapetissé par la distance et le temps, effacé sous des brumes tenaces. J'ai arrêté de remâcher ce que les autres disaient de moi, dans les bureaux et sur les ponts, mi-apitoyés, mi-inquiets :
- Plutôt excentrique.
- Non, un vieux garçon, un solitaire.
- Genre ours des Carpates ?
- Avec du chagrin vissé à l'intérieur. Tout cassé.
- Le Monde du 1er mars 2012
C'est un noyau d'atmosphères prégnantes, de huis clos en métamorphose, de civilisation et de primitivité. Un condensé de monotonie, de métaphysique, de ratages, de loufoque. Le roman de Jean-Luc Coatalem est un petit réacteur nucléaire qui déclenche des ripostes en chaîne propres à nous faire vivre longtemps avec ces pages dont l'écriture élaborée, profonde, dépouillée, atteint une forme de perfection.C'est un noyau d'atmosphères prégnantes, de huis clos en métamorphose, de civilisation et de primitivité. Un condensé de monotonie, de métaphysique, de ratages, de loufoque. Le roman de Jean-Luc Coatalem est un petit réacteur nucléaire qui déclenche des ripostes en chaîne propres à nous faire vivre longtemps avec ces pages dont l'écriture élaborée, profonde, dépouillée, atteint une forme de perfection.
Jean-Michel Barrault - Lire,mars 2012
Une île, entre la Tasmanie et les Kerguelen. Deux hommes, un face-à-face. Brillant...
Le huis clos recèle toutes les déraisons. A moins que le débarquement secret d'un invraisemblable naufragé ne vienne encore pimenter ce qui ne peut que tourner au drame. Jean-Luc Coatalem, auteur d'un remarquable ouvrage sur Gauguin, Je suis dans les mers du Sud, de livres de voyage, d'une évocation quelque peu autobiographique du Dernier Roi d'Angkor, révèle ici une nouvelle facette de son talent.
Thomas Mahler - Le Point du 16 février 2012
En une centaine de pages aussi hilarantes qu'inquiétantes, Jean-Luc Coatalem nous donne un bel aperçu des oeuvres qu'auraient pu écrire un Jules Verne sous LSD ou un Samuel Beckett qui aurait visionné la série Lost. Son étonnante robinsonnade finit par prendre la puissance d'une fable métaphysique. La morale ? Il ne faut pas grand-chose pour que, face à l'océan du "Grand Rien", ces îlots dérisoires que sont nos vies basculent dans la folie.
Astrid de Larminat - Le Figaro du 5 janvier 2012
Écrivain voyageur, Jean-Luc Coatalem cherche dans les lointains la clé de de l'existence. Dans son dernier roman, Le Gouverneur d'Antipodia, il attire ses personnages dans une île désolée de l'océan Antarctique...
Le récit est écrit sous haute tension. Comme si l'auteur s'était lancé à travers ses personnages un ultimatum à la vie à la mort. On peut lire cette histoire, écrite par un grand poète, comme un thriller métaphysique ou psychanalytique. Jodic et Gouv incarnent deux puissances de l'esprit humain, l'imagination et la raison. L'une des deux l'emportera-t-elle dans le combat contre la déréliction ?