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.. Journal d'un gardien du goulag

Couverture du livre Journal d'un gardien du goulag

Date de saisie : 03/05/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Denoël, Paris, France
Auteur : Alexandre Tchistiakov
Préface : Luba Jurgenson
Traducteur : Luba Jurgenson

Prix : 21.69 €
ISBN : 978-2-207-26114-9
GENCOD : 9782207261149
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 19/01/2012

 
 
4ème de couverture

«Le camp n'est pas l'enfer par opposition au paradis, c'est le moule de notre existence, et il ne peut en être autrement.»

Varlam Chalamov

Pendant quelques mois, dans les années 1935-1936, Ivan Tchistiakov, gardien d'un camp de prisonniers sur le chantier de la voie ferrée Baïkal-Amour, a tenu son journal. Publié aujourd'hui pour la première fois, c'est l'un des seuls documents de ce genre à nous être parvenus. Le fonctionnement des camps soviétiques est certes bien connu, grâce à la parole des victimes et aux documents amassés par le système bureaucratique, mais l'image des «hommes aux fusils» est encore floue.
Si Ivan Tchistiakov s'est retrouvé à escorter les détenus pendant leur travail, garder le camp itinérant, accompagner les convois et poursuivre les fuyards, ce n'est pas de son propre gré. Chaque journée est vouée à un seul désir : sortir par tous les moyens du cauchemar qui l'a happé. Et qu'il ne cesse de décrire : un climat terrible, un logement épouvantable où, la nuit, les cheveux se collent au front à cause du froid, l'impossibilité de se laver, l'absence de nourriture normale, des maladies à répétition.
Le dégoût que lui inspire son travail est évident. Dès les premières pages percent des notes de compassion envers ceux qu'il doit garder. Il perçoit ce qu'un chef, au camp, ne veut pas savoir. On comprend mieux, à le lire, à quel point les camps soviétiques ont fini par incarner un modèle de société.

Les cahiers originaux du journal d'Ivan Tchistiakov se trouvent aux archives de la société Mémorial de Moscou, qui, depuis les années 1980, se donne pour tâche de rassembler documents, lettres, témoignages et mémoires liés à l'histoire des répressions politiques en URSS.

On ne sait que très peu de chose sur Ivan Tchistiakov. Il est sans doute né au tout début des années 1900. Moscovite, probablement enseignant dans un institut technique ou ingénieur avant d'intégrer l'administration du Goulag comme gardien, il est mort au front dans la région de Toula, en 1941.

Traduction, préface et notes de Luba Jurgenson.
Introduction d'Irina Shcherbakova.

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Passage choisi

Extrait de l'introduction

Mon journal, c'est toute ma vie

Les responsables des crimes staliniens - les hauts gradés de la police politique, le NKVD, les architectes de la terreur, les enquêteurs, les chefs ou le personnel des camps - ne laissèrent pas de souvenirs écrits, à l'exception, rarissime, de ceux d'entre eux qui devinrent à leur tour victimes des répressions. Or, des centaines de milliers d'hommes furent impliqués dans le système. En 1939, le contingent du NKVD, à Moscou et dans les régions, comptait 365 839 personnes : cette expansion de l'appareil est due au Goulag. Cependant, dans les années 1930, les cadres du Goulag subirent à leur tour des répressions systématiques (en commençant par sa direction : cinq de ses chefs, qui s'étaient succédé au cours de la décennie, furent fusillés). À cela il faut ajouter que les hommes du NKVD étaient souvent recrutés parmi des éléments non seulement violents, mais également corrompus, qui pillaient les biens destinés aux détenus. On comprend aisément que même ceux d'entre eux qui ont survécu aux purges n'ont pas ressenti le besoin de témoigner. Oui plus est, après le XXe Congrès du Parti et les révélations de Khrouchtchev, le fait d'avoir occupé des fonctions au sein du Goulag ou des organes judiciaires ne suscitait guère d'estime ni de sympathie dans la société. (Les anciens membres de ces structures auteurs de Mémoires préféraient occulter cette période de leur vie.)
Il existe donc très peu de souvenirs de personnes s'étant trouvées de ce côté-ci des barbelés. D'autant plus qu'au moment des faits, elles étaient parfaitement conscientes du danger que représentait la moindre trace écrite : les arrestations s'accompagnaient toujours de fouilles et de la confiscation des papiers. Non seulement les souvenirs et les journaux intimes mais même les agendas ou une simple marque sur un calendrier risquaient de devenir un indice accablant entre les mains du juge d'instruction. (Il existe de nombreux témoignages à ce sujet.) C'est pourquoi on brûlait les lettres, on détruisait les journaux.
Le journal d'Ivan Tchistiakov, chef de peloton de la VOKHRa (Garde armée) sur l'un des secteurs de la ligne ferroviaire reliant le lac Baïkal au fleuve Amour («Baïkalo-Amourskaïa Maguistral» ou BAM), journal tenu quotidiennement durant plusieurs mois dans les années 1935-1936, est probablement le seul document de ce genre qui nous est parvenu, un témoignage historique unique.

L'original se trouve aux archives de la société Mémorial de Moscou qui, depuis les années f980, se donne pour tâche de rassembler documents, lettres, témoignages, Mémoires liés à l'histoire des répressions politiques en URSS. Il y fut déposé par des personnes qui l'avaient découvert par hasard dans les papiers d'une parente défunte.
Le journal est composé de deux cahiers assez fins. Le premier comprend la description d'une chasse qui dura trois jours, en août 1934, avant l'incorporation de Tchistiakov dans les troupes intérieures du NKVD et son départ pour le BAM. Ces esquisses dans l'esprit des Récits d'un chasseur de Tourgueniev, illustrées par les dessins de l'auteur, sont empreintes de nostalgie pour la Russie d'avant la révolution et contrastent avec l'autre cahier, qui documente les années 1935-1936, période où son auteur se trouvait au Goulag.
Nous savons très peu de chose de Tchistiakov. Seul nous est parvenu, avec les cahiers, un cliché d'amateur bien flou, qui porte au dos l'inscription : «Tchistiakov Ivan Petrovitch, victime des répressions de 1937-1938. Tombé au front dans la région de Toula, en 1941.» C'est là le peu de renseignements dont nous disposons, à l'exception de ceux que l'on découvre dans son journal.

 
 
Revue de presse

Nicolas Weill - Le Monde du 3 mai 2012
Conservé par l'association Memorial de Moscou, ce texte est un des très rares qui aient pu échapper à la destruction. Ce Moscovite cultivé, devenu gardien de camp à son corps défendant, observe avec lucidité et parfois compassion l'horreur quotidienne à quoi se réduit la vie des zeks (les détenus) dans la taïga sibérienne...

Paul-François Paoli - Le Figaro du 12 janvier 2012
On ne sait pas vraiment quand mourut Ivan Tchistiakov, sans doute en 1941 sur le front russe, ni quel âge il avait exactement, ni quel métier il exerçait avant d'être envoyé au goulag. Mais on connaît son journal, retrouvé par hasard, l'oeuvre d'un homme désespéré qui n'a que les mots, écrits au jour le jour, pour ne pas sombrer. Ce journal est celui, à peu près unique, d'un gardien de camp responsable de prisonniers de droit commun et d'anciens koulaks, ces paysans dépossédés par le régime, envoyés loin, très loin, dans l'extrême est de la Russie, pour y construire une voix ferrée depuis le lac Baïkal jusqu'au fleuve Amour...
Au-delà du goulag, ce document témoigne de ce que deviennent les hommes, même les meilleurs, quand ils sont soumis au régime concentrationnaire.

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