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Date de saisie : 21/06/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Auteur : Wilfried N'Sondé
Prix : 18.00 €
ISBN : 9782330005894
GENCOD : 9782330005894
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Sorti le : 28/04/2012
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Derrière la fenêtre d'une barre d'immeubles, Rosa Maria rêve de soleil, d'amour, de calme... et de quitter la cité des 6 000, où elle vit avec sa famille. En attendant ce grand jour, elle pleure son frère aîné retrouvé mort derrière le parking du supermarché, évite les coups de son père quand elle rentre trop tard, cache sa féminité - tardivement - naissante sous des vêtements informes, et soupire en cachette pour le beau Jason qui ne la voit pas. Un incident avec la police provoque une émeute dans le quartier, qui précipite les destins des personnages...
Face à l'absence d'espoir et d'avenir, aux jugements hâtifs et à l'exclusion sociale ou raciale, ce généreux roman d'apprentissage, tout en dialogues vifs et en énergie narrative, donne la parole - et le pouvoir - à la candeur, la sincérité, la volonté.
Musicien et chanteur né en 1968, Wilfried N'Sondé vit à Berlin depuis une dizaine d'années. Il est l'auteur de deux autres romans publiés chez Actes Sud : Le Coeur des enfants léopards (2007, prix des Cinq Continents de la francophonie, prix Senghor de la création littéraire ; Babel n° 1001) et Le Silence des esprits (2010).
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La cave de la tour C, longue barre de béton, vide, insalubre, condamnée à la destruction, se remplit petit à petit. En ce milieu d'après-midi, la jeunesse de la cité des 6 000 s'entasse par groupes de trois ou quatre dans la poussière et l'atmosphère déjà enfumée de la discothèque improvisée, le Black Move. Des spots sont accrochés aux plafonds et, sur les murs, des posters de stars que l'on distingue difficilement dans l'obscurité. Quelques boissons posées sur une planche soutenue par des tréteaux et des chaises récupérées dans les rues occupent les côtés. La salle où s'entreposaient jadis les vélos et les poussettes a été investie et transformée. On y accède en descendant un escalier, il faut ensuite prendre à droite et traverser l'ancien local à poubelles jusqu'au fond du couloir pour arriver devant une porte sur laquelle on a peine à lire et reconnaître l'inscription Black Move, taguée à la bombe. Les lettres vertes, jaunes et rouges forment un poing fermé.
Les filles et les garçons sont prêts, la joie gravée sur la figure et l'agitation plein les muscles. Les plus jeunes sont pris de rires incontrôlables, heureux d'être simplement là pour partager un moment de plaisir. Des sourires carnassiers barrent la figure des stars de la cité, coupes de cheveux très soignées et vêtements minutieusement choisis. Les séducteurs sont présents, ils ont belle allure et se dandinent déjà au centre de la salle, la cigarette au coin des lèvres, l'oeil alerte. Ceux qui dansent le mieux se tiennent un peu à l'écart, habillés de vestes et de pantalons de sport aux couleurs criardes, la marque fièrement exhibée. Impatients d'épater la galerie, ils sont venus tester et montrer leurs nouvelles chorégraphies.
La démarche est mesurée, les mimiques calculées, chaque pas compte et se transforme en une science exacte du mouvement vers l'avant, se distinguer, surtout au moment crucial de pénétrer dans la salle !
Tous s'observent et piétinent encore sur place, se saluent, les pouls s'affolent, les paumes s'entrechoquent avec fracas, les joues se frôlent, les bises claquent, les poitrines se devinent sous les habits trop serrés, des seins pubères et arrogants pointent vers le haut et gonflent la gorge. Les filles tiennent leur place, l'agitation à peine contenue. Des dizaines d'anecdotes sur la langue, des histoires d'amour qui durent quelques jours et font souffrir au moins toute une semaine, des tracas à cause de parents qui leur mènent la vie dure, des pères qui ne reviennent jamais, des mères qui flirtent avec la dépression nerveuse, et trois ou quatre mensonges pour tromper la misère. Les petits sacs à main dernier cri balancent sous les épaules, les talons hauts, les chevilles en danger. Pour la plupart, le maquillage est exagéré car elles sont surtout venues pour plaire et parader. Les adolescentes sont parées pour la danse.
Muriel Steinmetz - L'Humanité du 7 juin 2012
Les dialogues ont la saveur crue du parler des jeunes. On les dirait presque enregistrés sur le vif. Wilfried N'Sondé est musicien. Cela s'entend. Son écriture sait épouser à la fois le rythme de la réalité brute d'une société au bord de l'implosion collective et, en contrepoint, planer dans l'espace du rêve. Ainsi, quand Rosa Maria subit la raclée que lui inflige son père à coups de ceinturon, elle s'évade en pensant à ses vacances d'enfance en Italie. Étrange monde où l'espoir, si l'on peut dire, réside toujours dans le passé.
Baptiste Liger - Lire, avril 2012
Entre violence et naïveté, l'écrivain réussit avec Fleur de béton un bon mélodrame banlieusard...
Wilfried N'Sondé (Prix des Cinq Continents 2007 pour Le Coeur des enfants léopards) sait nous émouvoir avec cette fragile (mais parfois violente) Fleur de béton. Les clichés misérabilistes et les situations archétypales, l'auteur prend un malin plaisir à les dégraisser au fur et à mesure, à les faire passer grâce à un détail insignifiant et à nous rendre familiers ses personnages passionnants, à l'image de cette Rosa Maria, et son destin aux airs de chemin de croix.
1) Qui êtes-vous ? !
Quelqu'un qui écrit et chante le monde tel qu'il ne saura jamais le dire.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Ce qui anime «Fleur de béton» c'est la soif de vivre, d'aimer et rêver malgré les difficultés et la laideur du quotidien.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Une phrase d'espoir qui résume mon ambition d'écrire un peu de complexité humaine : «La larme à l'oeil, Rosa Maria rêve.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La chanson «Concrete jungle» de Bob Marley, avec son rythme lancinant, saccadé, ses sonorités tristes et mélancoliques qui soutiennent des paroles pour dire la souffrance des pauvres et l'envie de soleil au-delà de la grisaille.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'aimerais que les lecteurs me suivent au plus profond de cette plongée dans la dureté, la froideur de la pauvreté et du béton, puis les arrimer à des ailes d'espoir, fragiles, si légères qu'elles permettent d'entrevoir le ciel.