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Date de saisie : 28/06/2012
Genre : Histoire
Editeur : Tallandier, Paris, France
Auteur : Jean Favier
Prix : 27.90 €
ISBN : 978-2-84734-845-3
GENCOD : 9782847348453
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Sorti le : 19/04/2012
Avec le présent ouvrage, l'auteur du best-seller Paris, deux mille ans d'histoire revient sur les hommes qui, aux côtés du roi, ont fait de Paris la première ville d'Europe.
Commerçants, boutiquiers, artisans, gens de finance, praticiens du droit, collaborateurs de l'administration royale, officiers de justices diverses, attachés aux institutions d'Église, les bourgeois se veulent autonomes et forment la substance même de la Ville. Ils n'avancent pourtant pas tous du même pas, les niveaux et les modes de vie se différencient et se hiérarchisent, les évolutions politiques et économiques pèsent sur les hommes, de fortes personnalités s'imposent, des dynasties s'installent.
Détails pittoresques et anecdotes savoureuses émaillent, sous la plume du savant médiéviste, le récit de la vie d'une population qui n'a pas sa pareille dans la France du Moyen Âge.
«Héritier naturel de son fleuve, Paris bénéficie de sa fonction de capitale. Physique ou non, la présence royale est un facteur déterminant, qu'accentue la localisation des grandes institutions centrales. Le roi et son entourage, c'est un marché pour les affaires, avec une clientèle à haut pouvoir d'achat qui dispose d'une bonne partie des capitaux collectés dans tout le royaume. C'est aussi un débouché pour les ambitions.
De ce fait, la bourgeoisie parisienne est étroitement liée à la Robe. Elle l'est d'abord par ses facultés, qui produisent des robins en tout genre. Car, si l'Université vit en marge de la ville bourgeoise, cette dernière est peuplée des rejetons des collèges. Elle l'est ensuite par les ambitions que suscite ce lien, par ces carrières qui s'ouvrent plus aisément à ceux qui sont là qu'à ceux qui sont loin. Elle l'est enfin par les connivences dont elle profite. Un avocat, un magistrat ou un notaire ne sont en rien des hommes d'affaires. Ils sont en fait, dans la société, parfois en droit et toujours par leurs liens familiaux, des bourgeois.
Le bourgeois parisien entrevoit deux chemins vers la fortune à faire, et deux preuves de la fortune faite. L'un, c'est le monde des affaires. L'autre, c'est l'accès au pouvoir.»
Membre de l'Institut, directeur général des Archives de France puis président de la Bibliothèque nationale de France, président de la Commission d'histoire de Paris, Jean Favier a publié plus d'une vingtaine de livres sur le Moyen Âge. Ils ont tous été de très grands succès de librairie. Citons par exemple Philippe Le Bel, Louis XI, François Villon, Charlemagne, le Dictionnaire de la France médiévale, Paris, 2000 ans d'histoire et enfin Pierre Cauchon.
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Extrait de l'introduction
QU'EST-CE QU'UN BOURGEOIS DE PARIS ?
Il faut s'entendre sur les mots. À s'en tenir à l'étymologie, le bourgeois est un habitant du bourg, c'est-à-dire d'un noyau urbain. La toponymie le rappellera longtemps, en bien des villes, il est un Bourg le Comte et un Bourg l'Évêque, voire un ou plusieurs Bourg l'Abbé. Autour de Paris, on connaît un Bourg Saint-Germain-des-Prés, un Bourg Saint-Marcel et quelques autres, qui affirment par ce nom même leur autonomie par rapport à la grande ville. Un faubourg est lié à la ville qu'il côtoie, non un bourg.
Au sens strict, qui est juridique, le bourgeois est celui qui est membre du corps social dirigeant que définissent les chartes, les statuts et les privilèges. Si l'on s'en tient à ce sens, la capitale du Capétien n'ayant comme tête qu'un organisme non politique en charge de l'organisation et du contrôle de l'économie fluviale et portuaire, et même si cet organisme s'est mué en instance représentative pour la défense des intérêts et l'exploitation des privilèges de la communauté, il n'y a pas de bourgeois de Paris.
En un sens plus large, qui est celui que traduisent tous les textes, aussi bien ceux des ordonnances royales que ceux des chroniqueurs, des greffiers et des mémorialistes, est bourgeois de Paris tout chef de famille non noble - on reviendra sur ce point - ayant dans la ville son état et son établissement. On n'est ni nommé ni élu bourgeois. On est reconnu bourgeois, et on se tient pour tel. En 1214, le chapelain du roi Guillaume Le Breton distingue les cives parisienses du clergé et du peuple. Au XIVe siècle, chroniqueurs et greffiers des confréries appellent encore cives parisienses les bourgeois de Paris. Dans les villes du Midi de tradition romaine, on dit volontiers «les citoyens». A Paris, on dit normalement «les bourgeois». Philippe Auguste déjà, dans son testament de 1190, dit burgenses nostri, «nos bourgeois». Ce ne sont pas de simples habitants, des manants. Ce ne sont pas non plus les hommes et femmes des petits métiers, ceux qui ne sont pas maîtres de leur boutique ou de leur atelier. Un valet boucher n'est pas un bourgeois. Un avocat l'est. Il est établi, et il est propriétaire.
Ces bourgeois, dont la liste est parfaitement connue des autorités et qui sont répartis en quartiers, en cinquantaines et en dizaines sur des bases topographiques, ont part aux assemblées, sont soumis aux impositions directes comme aux devoirs que sont le guet et la garde. Ils élisent ces représentants que sont les conseillers de la Ville, eux-mêmes électeurs du prévôt des marchands et des quatre échevins. Ils se sentent responsables de la ville, et ce sentiment - étendu à la sécurité et à la défense dans les temps troublés - ne fera que se renforcer quand la capitale ne sera plus la résidence du roi. Dans les grandes occasions que sont les cortèges et les entrées solennelles des souverains ou des princes, ils ont leur place hiérarchique. S'il n'est à Paris aucun privilège «de bourgeoisie», il est très officiellement des bourgeois de Paris.
Autour de l'an 1200, deux bouleversements affectent durablement Paris et font apparaître une relation que l'on ne trouvera nulle part ailleurs entre la ville et sa bourgeoisie. Les rapports nés de la situation géographique d'un carrefour fluvial et routier en sont gravement modifiés.
L'un est l'accession de Paris à une fonction politique, administrative et judiciaire originale, celle d'une capitale. L'autre est la rapide formation d'un centre universitaire de rayonnement européen. Les deux se superposent à un centre économique qui tient aussi bien à la position géographique qu'au développement de la consommation corrélatif à l'essor démographique. Paris n'a donc pas d'équivalent. Bologne n'est ni Venise ni Florence. Oxford ou Cambridge ne sont pas Westminster, qui n'est ni Cantorbéry ni Winchester. Lille n'est ni Bruges ni Gand. Et aucune de ces villes n'atteint le peuplement de Paris, où l'on compte vers 1300 quelque 200 000 habitants quand il en est 50 000 à Londres.
- Le Monde du 28 juin 2012
Voici donc une histoire générale, mais écrite au singulier, comme l'aventure entraînante d'un héros collectif. Car, à travers le motif de la notabilité bourgeoise, Jean Favier traverse l'ensemble de l'histoire médiévale de la cité parisienne, d'un geste ample et altier. C'est que l'éminent médiéviste, né en 1932, a également présidé aux destinées de la Bibliothèque nationale de France et des Archives nationales. Aussi est-il partout chez lui dans l'histoire de Paris. Son nouveau livre en dresse un bilan personnel, qu'actualisent nombre de lectures récentes, mais qui vaut surtout par la somme des savoirs accumulés au gré d'une longue carrière...
Pour le dire simplement - mais après tout l'histoire doit aussi savoir se dire simplement quand elle ne s'adresse pas qu'aux doctes -, Jean Favier domine son sujet. Il est le roi qui nomme le " bourgeois de Paris ", et parce qu'il pense tout connaître de lui, en fait le personnage générique d'un récit au long cours, où rien ne manque, depuis l'organisation des métiers jusqu'au rire des fabliaux, où tout est expliqué et mis à plat, et où chaque page fourmille de détails vrais. N'est-ce pas cela aussi que beaucoup de lecteurs attendent aujourd'hui encore de l'histoire ?
Gilles Heuré - Télérama du 13 juin 2012
Ce Bourgeois de Paris au Moyen Age est la somme des connaissances immenses de l'historien, et nous voyons grâce à lui vivre la ville avec tous ses personnages, ses lieux disparus, ses autorités, ses commerces, ses croyances...
On peut rester sous le porche d'une église, errer dans une rue qui porte encore aujourd'hui son nom, ou traverser un pont : le Paris médiéval, de l'aube ou du soleil couchant, respire et s'active sous nos yeux. Et Jean Favier en est le guide ardent.