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Date de saisie : 13/07/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Léo Scheer, Paris, France
Auteur : Jennifer Murzeau
Prix : 17.00 €
ISBN : 978-2-7561-0383-9
GENCOD : 9782756103839
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Sorti le : 06/06/2012
Angelina est chargée de production pour une chaîne de télé du câble. Depuis plus de trois ans, elle subit la perfidie de sa collègue, assiste aux batailles d'égo qui l'excluent, observe toutes ces grimaces qu'elle ne sait pas faire. Éternelle anonyme, elle souffre en silence de son intégration ratée dans le monde du travail jusqu'au jour où elle décide de se venger.
Il lui faut une victime qui paye pour ce trop-plein d'humiliations. Elle choisit Marie. Puis elle laisse vaciller sa raison et grandir son obsession pour cette jeune et belle présentatrice qui semble avoir le monde à ses pieds.
A travers les yeux de ses personnages, Jennifer Murzeau détaille un quotidien fait de petites violences et de grands ridicules. Elle dépeint avec un humour caustique un univers où finalement chacun se débat pour exister dans une compétition sans pitié.
Jennifer Murzeau est née en 1984. Journaliste, elle vit et travaille à Paris.
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PREMIÈRE PARTIE
La pluie tombait, drue et agressive, sur le pare-brise de la Smart d'Alain Hussard. Il avait eu du mal à se faire à l'idée qu'il ne faisait qu'un, deux heures par jour, avec ce pot de yaourt comprimé, sans panache, avec ce petit capot mesquin et cet arrière misérablement amputé. Il se disait que cette voiture était faite pour les publicitaires qui reniflent leur coke en claquant la portière et qu'elle le rendait définitivement ridicule, lui Alain H., quarante-trois ans, informaticien, précocement chauve, précocement vieux. Enfin, l'implacable problème des places de parking à Paris l'emportait et il jouissait un petit peu à chaque fois que l'occasion de se garer, perpendiculaire au trottoir, entre deux voitures dissuasivement proches, se présentait.
Alain divaguait, arrêté devant un passage piéton, vaguement bercé par la voix sans relief d'un journaliste de BFM, les yeux perdus dans le bitume luisant qui reflétait les phares des voitures impatientes. Il tourna la tête pour vérifier l'état du feu tricolore, et son regard heurta le profil d'un jeune homme élancé, dégoulinant de pluie et tassé sur un scooter de toute évidence bien trop petit pour lui. Il parlait tout seul, avec véhémence. Alain aperçut sa cheville nue, fragile et virile, et se surprit, un peu honteux, à la trouver très sensuelle. Il ouvrit discrètement sa vitre, curieux de savoir ce que ce jeune fou, au dehors si présentable, et à la cheville si sensuelle, pouvait bien raconter. C'est la pluie qui sans sommation vint rageusement lui envahir les tympans. Quelques mots lui parvinrent. Mais rien de suffisant pour faire sens.
Il referma sa vitre, se dit qu'il aimerait le connaître, être son pote, son «poto», quoi. Ils iraient boire des bières ensemble. Il avait tout son temps. Son plat Picard l'attendrait sans amertume ni rancoeur. Il se demanda quand pour la dernière fois il avait inspiré de l'amertume ou de la rancoeur à quelqu'un. Il n'avait même pas eu le loisir d'en inspirer à sa dernière conquête puisque c'est elle qui l'avait quitté sans avoir quoi que ce soit de très concret à lui reprocher. Rien en tout cas qui puisse générer un sentiment fort tel que la rancoeur ou même un peu de jalousie ou encore un soupçon de colère; rien de tout ça. Elle l'avait quitté par hygiène, pour son insignifiance, sans fiel, sans tristesse lui semblait-il.
Qu'importe, il irait boire des coups avec le jeune homme et ils dragueraient les gonzesses ensemble et ils se feraient des petites private jokes et riraient et les gonzesses ne les comprendraient pas ces deux-là mais les trouveraient sympas et chou. Il souriait de son délire. S'apercevant de cette soudaine et pour une fois spontanée déformation de ses traits, il tenta d'en voler le reflet dans son rétroviseur. Mais il était trop tard, le sourire s'était figé en une grimace bizarre qui lui donnait l'air d'un animal moribond, ou d'un con. Oui, d'un con en fait. Alain trouvait que la plupart du temps, il avait l'air d'un con. Même quand il ne se voyait pas, il le sentait. (...)
1) Qui êtes-vous ? !
Je suis une jeune auteure, une primo-romancière comme on dit, heureuse de voir ses grimaces dans les librairies et sur l'internet, heureuse aussi que vous me posiez cette question, ça me fait plaisir. Et puis je suis journaliste également.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Comment trouver sa place dans l'entreprise, dans la famille, dans la société, dans la vie ? Comment trouver sa place quoi, sans trop (se) mentir. Comment composer avec le regard des autres, avec les rôles qui parfois collent à la peau...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Très tôt, Angelina avait remarqué que le fait d'être "charrette" était très valorisé dans l'entreprise, que les gens s'en gargarisaient, qu'ils le disaient toujours sur le ton de la plainte, mais parvenaient mal à cacher une satisfaction certaine, une sorte de plaisir narcissique à être occupés, pris dans quelque chose, dans un élan dont ils étaient le jouet, mais qu'importe. Ca, ils étaient trop charrette pour le remarquer, et à plus forte raison pour s'en inquiéter."
(Je sais, il y en a deux, mais elles s'aiment bien)
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Je crois qu'il serait une petite compilation, très éclectique. J'ai du mal à lui attribuer une seule musique. J'aimerais qu'il soit un peu les Beatles, un peu Chopin, un peu Led Zepplin, un peu Who Made Who...
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un regard sur notre époque un poil aride, quelques sourires aussi. Le livre décrit des réalités pas forcément réjouissantes mais avec humour. Alors j'espère partager avec eux un certain sens de l'humour.
J'espère aussi communiquer l'idée que rien n'est manichéen dans ce bas-monde, que la réalité et les gens sont plus contrastés, nuancés que ce que le quotidien, les situations contraignantes et souvent symboliquement violentes, nous donnent à voir, nous poussent à croire.