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.. A l'est de l'Ouest

Couverture du livre A l'est de l'Ouest

Date de saisie : 27/03/2013
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. Héloïse d'Ormesson, Paris, France
Auteur : Miroslav Penkov
Traducteur : Julie Marcot

Prix : 17.00 €
ISBN : 9782350871875
GENCOD : 9782350871875 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 02/05/2013

 
 
4ème de couverture

Un petit-fils achète sur eBay le corps embaumé de Lénine pour l'offrir à son grand-père communiste ; un enfant prodige entre par effraction dans une église orthodoxe pour y dérober une croix en or ; un jeune homme ne rencontre sa cousine, l'amour de sa vie, que tous les cinq ans, au milieu d'une rivière qui coupe son village en deux - la partie ouest se trouvant en Serbie, la partie est en Bulgarie.

A travers huit vignettes mélancoliques, drôles et absurdes, Miroslav Penkov surmonte les blessures de l'exil et ressuscite son pays natal. Portrait rêvé de la Bulgarie, A l'est de l'Ouest capture avec magie l'insoutenable légèreté de l'être.

MIROSLAV PENKOV

Né en Bulgarie en 1982, Miroslav Penkov part étudier aux États-Unis en 2001. Il obtient une licence de psychologie et un master en création littéraire, discipline qu'il enseigne aujourd'hui à l'université du Texas du Nord.

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Passage choisi

À ma naissance, il y avait juste vingt ans qu'on s'était débarrassés des Turcs. 1898. Donc oui, ça me fait soixante et onze ans. Et oui, je suis un vieux grincheux. Un sale bonhomme. J'ai cette odeur qu'ont tous les vieillards. Je suis un supplice ambulant, hanches, épaules, genoux et coudes. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit. J'appelle ma fille par le prénom de mon petit-fils, et je me souviens mieux du jour où j'ai rencontré ma femme que de la journée d'hier, ou même d'aujourd'hui : le 2 août, me semble-t-il. 1969. La nuit dernière, j'ai pissé au lit; qui sait quel petit plaisir me réserve la prochaine ? Je n'ai absolument rien qui sorte de l'ordinaire, rien d'original. Si ce n'est que je pourrais bien être jaloux d'un homme mort depuis soixante ans.
J'ai trouvé les lettres qu'il a écrites à ma femme, longtemps avant qu'elle ne me rencontre, quand elle n'avait que seize ans. Une découverte stupide, bonne pour un roman à l'eau de rose, pas pour la vraie vie, pas pour la vieillesse. J'ai renversé son coffret à bijoux. Le couvercle est tombé de côté, et, sous la boîte, le fond d'un compartiment secret s'est ouvert. À l'intérieur se trouvait un petit carnet, un journal tenu sous forme de lettres.
Je ne peux même pas m'imaginer écrivant des lettres qu'une femme voudrait conserver pendant soixante ans. J'aimerais que ce soit moi, et non cet homme, qui aie connu Nora à cet âge où elle était plus proche du début que de la fin. Car c'est la pure vérité : nous touchons à notre fin. Et moi je ne veux pas finir. Je veux vivre éternellement. Réincarné dans le corps d'un jeune homme, avec l'esprit d'un jeune homme. Pas dans mon corps à moi, ni avec mon esprit. Je veux revivre dans la peau de quelqu'un qui n'aurait aucun souvenir de moi. Je veux être cet autre homme.

*

Ça fait maintenant huit ans que nous vivons dans une maison de retraite à quelques kilomètres de Sofia, au pied des monts Vitosa. Le panorama est joli, l'air est pur. Ce n'est pas que je n'aime pas l'endroit. C'est plutôt que je le déteste, profondément. Le panorama, l'air, la nourriture, l'eau, cette façon qu'ils ont de nous traiter comme si nous étions tous mourants. Le fait que nous soyons tous mourants. Si j'étais honnête envers moi-même, ce que je suis rarement, je devrais m'estimer heureux d'être là, avec Nora. C'était devenu difficile de m'occuper d'elle tout seul, depuis son attaque. Alors, nous avons laissé l'appartement à notre fille, jeune mariée déjà enceinte, et nous avons plié bagages pour aller nous installer en prison.
Depuis, les jours se suivent et se ressemblent. Six heures trente, nous nous réveillons pour avaler nos médicaments. Nous prenons le petit déjeuner au réfectoire - fines tranches de pain beurrées avec trois olives noires, une lamelle de fromage fondu, une infusion de tilleul. Bon Dieu, même pendant les guerres balkaniques, je me rappelle avoir mieux mangé. Je suis attablé au milieu d'un océan de mentons vacillants et de doigts qui tremblotent et j'écoute le cliquetis des noyaux d'olives sur les assiettes en métal. Je ne parle à personne, et personne ne me parle. J'ai au moins obtenu ce privilège. Après le petit déjeuner, je pousse Nora dans son fauteuil jusqu'à la salle de gymnastique. Je la regarde essayer péniblement de fermer son poing, de tenir une balle en caoutchouc. Je regarde les infirmières masser son bras et sa jambe atrophiés. Je regarde leurs bras et leurs jambes à elles, si souples.

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