Avec Fnac.com,le site culturel Passagedulivre.com produit des chroniques littéraires pour mieux choisir vos livres préférés.

 

Les lecteurs de Livres Hebdo sont invités à découvrir sur Passagedulivre.com les plus beaux portraits des auteurs et des traducteurs.

 

Découvrez les interviews décalées des auteurs et des traducteurs.

 

Abonnez vous à la correspondance "Fnac.com et l'actualité des livres", envoyée chaque semaine à plus de 400 000 amoureux des livres. Vous y trouverez notamment les interviews décalées des écrivains et des traducteurs, et de courts extraits de vos livres préférés.

 

Amis éditeurs, une page de ce site a été spécialement conçue pour vous : la foire aux questions.

 

Bonne visite sur Passagedulivre.com !

 

.. Les joueurs

Couverture du livre Les joueurs

Date de saisie : 21/06/2013
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Auteur : Stewart O'Nan
Traducteur : Nicolas Richard

Prix : 19.50 €
ISBN : 9782823600025
GENCOD : 9782823600025 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 11/05/2013

 
 
4ème de couverture

Depuis que Marion a découvert qu'Art la trompait, leur mariage bat de l'aile. Sans compter le vide qu'ont laissé les enfants devenus grands, les dettes qui s'accumulent, la maison qu'il faudra bien se résoudre à vendre...
Art décide de jouer son va-tout. Il réserve une suite à l'hôtel-casino où ils avaient passé leur lune de miel, près des chutes du Niagara. Dans ce lieu chargé de souvenirs, Marion et Art sont confrontés à une intimité devenue gênante, aux mauvaises habitudes qui subsistent, même s'ils ont changé de décor. Parfois, un instant fugace recrée la complicité perdue. La minute d'après, l'autre semble loin et tout est à recommencer.
Mais la nuit, lorsque les lampes s'allument au-dessus du tapis vert, tout semble possible à nouveau.
«Faites vos jeux. - Rien ne va plus...»

Stewart O'Nan continue d'explorer l'Amérique dans ce texte court et intense, proche des nouvelles de Raymond Carver. Marion et Art sont à l'image d'une nation au bord de la banqueroute, mais aussi de l'immense espoir d'un pays qui a toujours placé la volonté individuelle et la réussite au coeur de ses mythologies.

Stewart O'Nan est né en 1967 à Pittsburgh. Il a publié aux Éditions de l'Olivier notamment Speed Queen (1998), Nos plus beaux souvenirs (2005) et Emily (2012).

logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com

 
 
Passage choisi

Chances pour un touriste américain de visiter les chutes du Niagara : 1 sur 195

L'ultime week-end de leur mariage, minés par l'insolvabilité, l'indécision et, stupidement, à moitié secrètement, englués dans ce passé toujours proche que gouvernent le souvenir, l'infidélité, Art et Marion Fowler quittèrent le pays. Cap au nord, direction le Canada. «Comme les esclaves», dit Marion à sa soeur Celia. Ils allaient passer leurs derniers jours en tant que mari et femme comme les tout premiers, presque trente ans auparavant, aux chutes du Niagara, comme si, de l'autre côté de la frontière, près de ce légendaire et tumultueux chaudron des nouveaux départs, loin de toute créance domestique qui sapait leur quotidien, ils avaient une chance de se retrouver l'un l'autre. C'est du moins ce que Art espérait. Marion, quant à elle, espérait seulement pouvoir tenir le coup à peu près dignement puis rentrer à la maison et commencer à s'occuper de la paperasse qui lui permettrait de devenir, pour la première fois de sa vie, une contribuable sans conjoint.
Ils dirent à leur fille Emma qu'ils s'offraient une seconde lune de miel.
«En plus, ils vont faire visiter la maison pendant tout le week-end, alors...» C'est ainsi que Marion, au téléphone, présenta les choses.
Ils n'étaient pas bons menteurs, ils avaient simplement peur de la vérité et de ce qu'elle était susceptible de révéler à leur sujet. Ils appartenaient à la classe moyenne, proies de la tyrannie des apparences et de ce qu'ils pouvaient se payer, ou oser, ce qui était en partie leur problème. Ils étaient trop installés et pragmatiques pour ce qu'ils entreprenaient à présent, mal à l'aise avec les mesures désespérées. C'est à peine s'ils purent discuter du projet entre eux, comme si, une fois exposé à la lumière et à l'air, il risquait de s'évaporer.
Avec Jeremy, ils n'eurent qu'à dire qu'ils voulaient voir le nouveau casino, sorte de construction à la Frank Gehry, qui figurait en couverture de la section voyage du journal du dimanche et des magazines distribués dans les avions. Il fut impressionné par le tarif qu'ils avaient réussi à obtenir. Art avait fouiné en ligne jusqu'à trouver un prix imbattable.
«Ton père le flambeur», plaisanta Marion.
L'Escapade spéciale Saint-Valentin, s'intitulait la promotion : deux cent quarante-neuf dollars, pension complète et un avoir de cinquante dollars porte-bonheur à dépenser aux tables de jeu.
Comme c'était compris dans la formule, ils prirent le car. Mais maintenant qu'ils s'enfonçaient dans un tunnel obscur en pleine tempête de neige, quelque part en périphérie de Buffalo, au milieu de couples bien plus jeunes - dont, figé façon zootrope dans les phares des voitures qui arrivaient d'en face, un duo grassouillet en tenue Harley qui se pelotait, juste de l'autre côté du couloir -, ils regrettaient l'un et l'autre de ne pas avoir pris la voiture.
Chacun avait déjà exposé ses arguments à la maison, inutile donc de revenir là-dessus. Art, l'éternel matheux ramenant toujours tout à la réalité mesquine des nombres, avait souligné que ça leur ferait économiser cinquante dollars d'essence, sans parler du parking, ce que Marion avait trouvé absurde, et typique. Ils étaient tellement au-delà du stade où cinquante dollars pouvaient faire la différence - comme ce pari ridicule, jouer leur mariage en s'en remettant, en gros, aux caprices d'une roue -, et pourtant il ne démordait pas de ses vieux préceptes comptables, à savoir qu'un sou est un sou, oubliant que le grand livre de comptes qu'il tenait baignait dans le rouge. Prendre l'autocar représentait une perte supplémentaire de contrôle, s'abandonner aux mains du destin, ou du moins d'un chauffeur manquant de sommeil. La seule raison pour laquelle elle avait accepté - outre qu'elle voulait éviter toute bagarre - était qu'elle n'aurait pas à redouter que Art colle au train des gens devant lui pendant tout le trajet par ce temps, mais, évidemment, elle se garda bien de le dire.

 
 
Revue de presse

Josyane Savigneau - Le Monde du 20 juin 2013
Ce treizième roman de Stewart O'Nan (né en 1967) confirme ce que l'on sait de lui et qui était spectaculaire dans Emily (L'Olivier, 2012) : sa manière d'observer avec minutie la réalité, de raconter de son écriture sèche des destinées banales qui, soudain, ont un air d'étrangeté. Et sans jamais faire de psychologie inutile...
Comme pour l'histoire d'Emily Maxwell, cette dame de 80 ans à l'horizon de plus en plus rétréci, on se demande ce que Stewart O'Nan va pouvoir faire de ces personnages. Et comme avec Emily, qui tenait le lecteur en haleine pendant 300 pages, il réussit, avec ces Joueurs - plus bref, seulement 200 pages - à susciter un intérêt qui se double d'un certain malaise, le lecteur se demandant s'il n'est pas menacé de ressembler à ces quinquagénaires fatigués prématurément...
Finalement, qu'ils gagnent ou perdent, ce qu'on saura à la toute fin du récit, ce week-end est réussi, et signe d'un nouveau départ. Toutefois, il ne s'agit pas pour O'Nan de finir par un banal happy end, mais plutôt de faire de son histoire une parabole de l'Amérique, le pays où l'on ne doit jamais perdre espoir.

logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com

 
Nous contacter - Informations légales - Vous êtes éditeur ?