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.. 101, rue Condorcet, Clamart

Couverture du livre 101, rue Condorcet, Clamart

Date de saisie : 16/06/2013
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : la Différence, Paris, France
Auteur : Simon-Pierre Hamelin

Prix : 12.00 €
ISBN : 9782729120320
GENCOD : 9782729120320 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

107, rue Condorcet, Clamait est l'adresse où vécut Marina Tsvetaeva, la grande poétesse russe, son mari Sergueï et leurs deux enfants, Alia et Mour, dans leur exil en France, après la révolution russe. Simon-Pierre Hamelin qui habita cet endroit un demi-siècle plus tard, découvrit par hasard que le lieu de son enfance avait abrité un des plus grands écrivains du XXe siècle. La fiction qu'il en tire, dans ce petit livre vibrant et tout en retenue, est poignante. Il y met en scène une descente d'huissier dans la famille Efron (nom du mari) et, par ce biais, nous décrit la misère, la panique, le rêve du retour en Russie, les grands cahiers bleus sur lesquels Marina écrit ses poèmes :
«Éparpillés dans les librairies, gris de poussière, / Ni lus, ni cherchés, ni ouverts, ni vendus, / Mes poèmes seront dégustés comme les vins les plus rares / Quand ils seront vieux.»

Simon-Pierre Hamelin est né à Paris en 1973. Il effectue de longs séjours en Inde et en Russie, avant de s'installer à Tanger (Maroc) en 2004. Il y fonde la revue littéraire Nejma. Il a notamment publié Stories de Tanger en collaboration avec l'artiste marocain Mohamed Mrabet.

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Passage choisi

Il n'y a rien ici. Ce n'est pas la ville, ce n'est pas la campagne. Ni arbre fier, ni bâtiment d'architecture. Un coin de banlieue, ni cossue, ni misérable. Il y a bien un bois, mais loin d'être forêt. La forêt est trop loin, tout comme la ville.
Les rues sont boueuses, aussi pavées qu'elles soient, d'une boue grise éclaircie par le charivari des carrières du bois et de la plâtrière de Meudon. La trouée béante du chemin de fer de Versailles nous jette en plein visage les vents glacés de l'hiver. On entend le fracas du train à heures régulières, jusque tard dans la nuit.
Le ciel peut parfois y sembler presque vaste. Ceux d'hiver sont gris ou blanc grisâtre, quand bien même ce ne sont que de piètres hivers, sans neige ou si peu, sans glace sur les fleuves. Il n'y a que le froid, contre lequel ici, on ne sait se battre : les fenêtres ne sont pas doublées, les poêles de mauvaise facture.
Plus bas, au croisement de l'avenue de Paris, on trouve quelques beaux immeubles de rapport, certains arbres vénérables, mais ils sont trop rares et ne servent aucune perspective, n'offrent pas de promenade. Il y a cependant quelques maisons de maître couvertes de meulières encavées, pourtant les jardins sont encore pauvres dans ce quartier nouvellement bâti.
Mais si l'on marche jusqu'à l'orée du bois, l'été est un enchantement, quand la glycine déborde les palissades, les lilas poussent en bataille dans les chemins creux. On passe parfois le dimanche dans ce semblant de nature, s'il y a le temps, l'envie et de quoi grignoter sur l'herbe.
Non, ce n'est pas la ville mais une pré-ville, un faux bourg à côté de la ville, une banlieue immuablement en marge de tout et tristement identique à celles de Prague, Berlin ou Moscou.
Et quand on grimpe la rue des Rochers, à son sommet, après la maison des Protopopov et la petite chapelle de la Dormition, avant la nouvelle école française - comme une prison - et qu'essoufflé on se retourne soudain sur le Paris offert, mais si loin dans la brume ou noyé dans le lavis passé du ciel, on ne peut refréner ce sentiment de lourde tristesse, le rappel lancinant de l'incommensurable exil. On ne peut que mesurer et subir, abasourdi, la distance qui nous séparera toujours de la ville, du coeur de toute chose et de la Russie, le pays à chacun interdit.
Les Français d'ici sont de petites gens, à l'esprit aussi étriqué que dans n'importe quel faubourg. On nous rudoie facilement du regard, d'un air gêné ou supérieur. Et l'on sait bien comment on parle de nous dès que nous sortons des boutiques aux silences pesants. Alors, on préfère l'épicerie russe de la rue du Moulin de Pierre, où une babouchka de Tachkent nous fait toujours un peu crédit, ou le petit bistrot-bougnat sans cabine téléphonique mais le combiné au comptoir. Le patron, toujours courtois et souriant, connaît toutes les dames russes, qui en hiver viennent lui acheter des sacs de mauvais charbon de terre.

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