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.. Journal d'un amoureux des mots

Couverture du livre Journal d'un amoureux des mots

Date de saisie : 15/01/2014
Genre : Langues
Editeur : Larousse, Paris, France
Auteur : Jean Pruvost

Prix : 12.90 €
ISBN : 9782035888310
GENCOD : 9782035888310 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 18/09/2013

 
 
Le podcasting des écrivains

14/03/2014
Le linguiste Jean Pruvost au micro de Jean Morzadec

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4ème de couverture

Jean Pruvost est tombé de très bonne heure dans une savoureuse marmite : celle des mots. Et il n'en est pas sorti indemne... Une douce et dévorante dépendance lexicale ne l'a, dès lors, plus quitté et l'a mené sur le chemin des dictionnaires auxquels il voue depuis un amour immodéré.

C'est donc au coeur des mots que ce passionné nous convie, pour nous faire partager leurs histoires, leurs saveurs, leurs secrets. Quels mots ? Ceux d'abord qui rythment notre calendrier, de mois en mois, et ceux cueillis au jour le jour, au gré de l'actualité, selon l'air du temps...

Janvier bien sûr ouvre l'année et entraîne à sa suite l'épiphanie, la galette et la fève... Février offre chandeleur, carême et carnaval... Avril, son poisson, son pollen, provoque quelques éternuements. Diverses fêtes nous mèneront de musique à livre, en passant par travail et muguet, sans oublier les rendez-vous de tennis, rugby, football ou handball. Vacances et pétanque, puis voici la rentrée, les vendanges et le Salon du chocolat ! Et l'année s'achève avec le traîneau du père Noël, ses guirlandes et ses cadeaux...

Que nous disent tous ces mots depuis leur naissance ? Quelles histoires et quels secrets recèlent-ils ? C'est tout cela que nous révèle Jean Pruvost, l'amoureux des mots.

Linguiste, Jean Pruvost est directeur du laboratoire CNRS LDI, consacré aux dictionnaires et à leur histoire, et directeur des Études de linguistique appliquée, à l'Université de Cergy-Pontoise. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et tient diverses chroniques de langue à la radio.

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Passage choisi

Tout cela à cause d'une mobylette...

C'était en classe de seconde, il y a quelques décennies... Je savourais les cours de français avec des professeurs remarquables mais, en toute priorité, je caressais un rêve obsédant et particulièrement prosaïque : piloter une «mobylette»... J'avais travaillé, économisé, encore et encore, et la somme était enfin là, réunie, sur mon compte d'épargne. Hélas... j'avais un papa - la mode d'alors poussait à dire un «paternel» - si inquiet de voir son fils quelque peu turbulent sur un deux-roues motorisé, engin qu'il imaginait déjà profondément encastré dans un poids lourd, avec son fils unique ventilé dans le même temps sur la chaussée, «façon puzzle», que lui vint l'idée diaboliquement lumineuse d'assortir son autorisation d'un impossible contrat.

«Mon fils, me dit-il - on ne pouvait alors discuter l'injonction paternelle - tu n'auras mon autorisation d'achat que si, un an durant et chaque jour, tu... -j'entends encore cette liste énoncée à la manière d'un diktat -...tu me récites sans faille vingt mots anglais, vingt mots allemands, si tu écris une page de gammes sténographiques et fais crépiter un quart d'heure la machine à écrire - mon père était professeur de sténodactylographie - et, reprenant son souffle, si, par ailleurs, tu travailles pendant une demi-heure tes morceaux de clarinette - j'étais alors inscrit au conservatoire - et enfin si, je l'ajoute pour ta santé -j'étais effectivement blême à l'écoute de cette interminable liste - tu fais vingt minutes de gymnastique. Tu peux commencer dès demain et dans un an, jour pour jour, si tu ne faillis pas, tu pourras alors acheter ton vélomoteur.» La réflexion fut courte : j'acceptai. Il concocta sur le champ une feuille de contrat, à lui faire signer chaque soir. On ne transigeait pas avec le «paternel». Le défi était à relever : à quinze ans, j'étais bien décidé à atteindre mon objectif : une «mobylette»...

Un an plus tard, en classe de première donc, avec l'estime très perceptible de mon père, n'ayant pas escompté pareille obstination, j'enfourchais augustement ladite mobylette, que j'avais certes eu le temps de bien admirer chez le marchand de vélomoteurs sis sur la Place de l'Église, à Cusset, où j'étais lycéen. Comme il se devait, elle était bleue, «ma» mob, comme on disait. Eh bien, il faut me croire, certains jours, elle brille encore d'un bleu éclatant au fond de mon regard, celui de l'objectif atteint à force de travail entêté.

C'est à cette mobylette que je dois les quelques chroniques de langue ici offertes. Parce qu'en somme, quarante mots étrangers appris chaque jour, les sons des mots fidèlement retranscrits en sténographie, chaque lettre de chaque mot tapée drument sur les touches d'un clavier, les notes égrenées au fil des portées, avec quelques canards, tout cela m'a sans aucun doute fait plonger dans une marmite bien particulière, au coeur des mots et des signes qu'ils soient graphiques, sténographiques ou musicaux. On ne sort pas indemne de cet entraînement quotidien : la dépendance lexicale s'installe. Elle ne vous quitte plus, j'étais drogué des mots, je préfère dire amoureux : voilà la douce et furieuse maladie que j'ai alors contractée.

Cette maladie fut vivifiée en découvrant, en première année de Lettres, Apollinaire qui rimait avec dictionnaires. Puis, ce fut la rencontre avec un grand sorcier de la lexicographie, Bernard Quemada, qui fit d'emblée bouillir cette marmite, en me transmettant sur les bancs de l'université un amour immodéré des dictionnaires et de leur histoire. C'est ainsi que je décelais vers la trentaine une «dicopathie». Incurable, je le savais. Je n'eus qu'une solution, en faire mon métier, enseigner à l'université et, avec la plus grande perversité, contaminer le plus possible.

(...)

 
 
Courrier des auteurs (en partenariat avec Fnac.com et lechoixdeslibraires.com)


«Le choix des mots» par Jean Pruvost, grand amoureux des mots...

Chers Libraires,
La nouvelle année est là et mes voeux vont d'emblée vers vous pour la concrétisation des plus beaux mots de notre langue, qui grâce à votre talent fleurissent au coeur de votre librairie, des mots que vous savez si bien présenter en bouquets de livres. Merci.
Parmi les très beaux mots qui éclairent le quotidien, il y a le vôtre, libraire, mot épicène, soulignent les linguistes... Épicène comme le sont enfant, élève, adulte, humaniste, encyclopédiste, bibliophile... c'est-à-dire aussi bien masculin que féminin. Épicène vient en effet du grec epicoenus qui désigne ce qui est «possédé en commun». D'où ce qui est aussi bien à un homme qu'à une femme, à tous. Libraire, homme ou femme donc, pour faire rêver les enfants, les adultes, les humanistes, les encyclopédistes, les bibliophiles.
Quant au royaume que vous nous ouvrez, la librairie, il est au féminin et c'est naturel : les librairies engendrent en effet, elles font naître des livres qui stimulent, galvanisent. Des livres qui nous font renaître aussi. Justement, à propos de renaissance, en 1571, le bien nommé Maurice De La Porte proposa dans Épithètes quelques centaines de mots essentiels suivis de tous les adjectifs dont on pouvait les orner et la librairie y est naturellement à l'honneur. Épithète, du grec epitheton, chose ajoutée, de epi, sur, et tithenai, poser. Quels adjectifs sont alors ajoutés au mot librairie, mot revigorant qui désignait encore au XVIe siècle la bibliothèque, ce qui rappelle combien la librairie représente un lieu intime ?
«Librairie. Noble, ingénieuse, riche, musienne,...pendectaire, copieuse, ancienne, royale.» Musienne : sous le signe des neuf muses ; pendectaire, c'est-à-dire digne des pandectes, qui signifient «contenant tout», du grec pan, tout, et de dekhesthai, recevoir. Sans oublier le livre qui a bien sûr, lui aussi, droit à ses épithètes : «Élaboré, immortel, studieux, imprimé, trésor de science, manuel, feuilleté, pandectaire, laborieux, profitable, savant, tomeux (comprenons qu'il comporte plusieurs tomes), consolatoire...» Consolatoire ? La consolation, l'espoir, c'est le thème des chansons de Jean Morzadec. Où être mieux alors que dans une librairie, pour, chante-t-il, «profiter tout simplement de beaux instants», parce que «La vie a besoin de gens comme toi, comme toi», ami, amie libraire.

Jean PRUVOST


1) Qui êtes-vous ? !
Qui je suis ? Je ne sais pas. Un passeur de mots, souriant. Voilà ce que je voudrais représenter. Et que j'essaie d'être, en enseignant l'histoire de la langue française dans mon université, en donnant une chronique quotidienne sur les mots, en encourageant tous les travaux portant sur les dictionnaires dans mon laboratoire CNRS, en me sentant profondément laroussien, depuis Pierre Larousse dont la devise généreuse m'a toujours séduit : instruire pour tous.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
On sait par exemple tous sous quel signe astrologique on est né, quel que soit notre sentiment sur le sujet, mais sait-on ce que veut dire «capricorne», «verseau» ? Et d'où vient le nom du mois où l'on se trouve : «mai», «juin», «juillet» ? «octobre» qui n'est pourtant pas le huitième (octo) mois de l'année mais le dixième ? «Pâques», «Noël», mais d'où viennent ces mots ? Et la «bûche» de Noël ? Et le «salon» de l' «agriculture». Et mon ami «libraire» ?

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Impossible de choisir.

Alors j'en profite pour un hommage à ma grand-mère :

Puisque c'et aujourd'hui la fête des grands-mères (3 mars), célébrons-les avec ces quelques lignes de Francis Jourdain extraites Née en 1876 : «J'aimerais tenir dans mes mains la main de ma grand-mère,... et faire jouer sous on doigt les gosses viens qui saillaient sous la fine peau douce et jaune. Grand-mère disait : Qui voit ses veines, voit ses peines». Bonne fête, grands-mères !

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une chanson de Jean Morzadec : «Comment leur dire».

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Des milliers de sourires. Avec pour truchement les mots pour faire oublier les maux.

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