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.. Combien de solitudes...

Couverture du livre Combien de solitudes...

Date de saisie : 06/03/2017
Genre : Poésie
Editeur : Présence africaine, Paris, France
Auteur : Véronique Kanor

Prix : 13.00 €
ISBN : 9782708708563
GENCOD : 9782708708563 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 21/11/2013

 
 
4ème de couverture

Suite à une rupture amoureuse douloureuse, une jeune femme débarque dans son île prénatale, la Martinique. Alors qu'elle arpente le pays, une grève générale éclate.
Toute la complexité de l'identité martiniquaise s'exprime en un flot lyrique évoquant les souffrances de l'esclavage, les exils forcés, la solitude et le désir d'affranchissement intérieur.
Une parole de femme, vigoureuse, singulière, face aux interrogations existentielles.
Une langue hardie et poétique pour une réinvention de soi.

Journaliste et réalisatrice, Véronique Kanor travaille sur les questions sociales et identitaires antillaises. Sous forme de pict-dub-poetry, Combien de solitudes...a été l'objet d'une mise en scène théâtrale sous le nom de Solitudes Martinique.

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Passage choisi

Depuis mille ans, j'héberge une île. Je n'ai pas eu le choix, à vrai dire. Elle m'habitait bien avant que mon corps ne m'habite. Je lui disais : Vas-y, fous le camp avec tes volcans mal éteints. Je lui balançais du gros sel. Je ne voulais pas d'elle. Je voulais London, la lune, je voulais loin et des territoires sans papa ni manman. J'ai parlé une autre langue, j'ai ricané. J'ai mis des culottes noires à l'envers pour ne pas qu'elle vienne me sucer dans mon sommeil ; et j'ai effacé toute trace en marchant dos au temps, balai à la main.

Je suis née ici, moi. Je suis née en France. Je suis née ici, entre la place Jeanne d'Arc et le boulevard du Général-de-Lattre-de-Tassigny. Dans mon carré, il y a aussi l'hiver et je pars chasser des bonshommes de neige. Il y a le monde et je bois un thé à la menthe et je danse le tango et je dis : Turn to the left et go straight on, au touriste du coin. Il y a la ville et je pars chasser des bonshommes de ville. Mais sous mes airs conquistadors, je suis immobile, si éphémère. Je suis grosse de l'exil des miens. J'ai cru pouvoir avorter leur île. Avorter la peau sous le costume, la peau de singe et de chagrin. Avorter les manuels sans ces histoires qui endorment-flap d'un baiser charmant, d'un coup d'épée victorieuse. Avorter l'ombilic des aïeux, nos dormir sans sommeil. Avorter la mémoire. J'ai cru pouvoir avorter le sang, la chair, les os, les chez-nous-on-dit-que, l'idée d'un retour, que l'on refuse parce que l'on se croit majeur, libre, homme ou femme et volontaire. J'ai cru être bien d'ici, entre la place et le boulevard. J'ai cru être bien ici. Je n'attendais que mon tour. Ce qui est en soi nous oblige tôt ou tard.

Un jour, l'autre jour, j'ai eu un choléra fulgurant dans l'os médian du coeur. Le train est arrivé gare Saint-Charles en hurlant : N'oubliez rien sous vos sièges ! J'étais avec un homme, avec cet homme dont je ne peux plus prononcer le nom sans, désormais, tomber en vertige. Il m'a rompue, cet homme. Le train dit de ne rien oublier sous les sièges. Sous le mien, j'ai vu son pull à mailles, son bracelet en perles de serpent, son Coltrane. Je ne lui ai pas dit : Tiens, prends ton pull, ton bracelet, ton Coltrane. Sous son siège : mon huile de jasmin, de carapate et de coeur coco-sec. Il a dit : Tiens, reprends tes huiles grasses ; nous n'irons pas à la noce ensemble.
L'os a craqué sur le quai de la gare Saint-Charles.

 
 
Revue de presse

- L'Humanité du 2 mars 2017
Dans une langue lyrique piquée de créole, Combien de solitudes... dit le mal-être d'une Martinique tiraillée entre des forces contradictoires et celui d'une femme qui se réinvente sur une terre qu'elle apprend à aimer. « J'ai l'espoir déplié », écrit joliment Véronique Kanor.

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