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.. Meursault, contre-enquête

Couverture du livre Meursault, contre-enquête

Date de saisie : 31/10/2014
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Auteur : Kamel Daoud

Prix : 19.00 €
ISBN : 9782330033729
GENCOD : 9782330033729 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 07/05/2014

 
 
Le podcasting des écrivains

De Kamel Daoud - 05/11/2014
Kamel Daoud au micro de Jean Morzadec

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4ème de couverture

Il est le frère de "l'Arabe" tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l'enfance a vécu dans l'ombre et le souvenir de l'absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l'anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.
Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d'Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d'un dieu, son désarroi face à un pays qui l'a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin...
Hommage en forme de contrepoint rendu à L'Étranger d'Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l'identité. En appliquant cette réflexion à l'Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.

Né en 1970 à Mostaganem, Kamel Daoud est journaliste au Quotidien d'Oran, où il tient depuis douze ans la chronique la plus lue d'Algérie. Il vit à Oran.
Il est l'auteur de plusieurs récits dont certains ont été réunis dans le recueil Le Minotaure 504 (Sabine Wespieser Editeur, 2011). Meursault, contre-enquête est son premier roman.

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Passage choisi

Aujourd'hui, M'ma est encore vivante.
Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. Contrairement à moi, qui, à force de ressasser cette histoire, ne m'en souviens presque plus.
Je veux dire que c'est une histoire qui remonte à plus d'un demi-siècle. Elle a eu lieu et on en a beaucoup parlé. Les gens en parlent encore, mais n'évoquent qu'un seul mort - sans honte vois-tu, alors qu'il y en avait deux, de morts. Oui, deux. La raison de cette omission ? Le premier savait raconter, au point qu'il a réussi à faire oublier son crime, alors que le second était un pauvre illettré que Dieu a créé uniquement, semble-t-il, pour qu'il reçoive une balle et retourne à la poussière, un anonyme qui n'a même pas eu le temps d'avoir un prénom.
Je te le dis d'emblée : le second mort, celui qui a été assassiné, est mon frère. Il n'en reste rien. Il ne reste que moi pour parler à sa place, assis dans ce bar, à attendre des condoléances que jamais personne ne me présentera. Tu peux en rire, c'est un peu ma mission : être revendeur d'un silence de coulisses alors que la salle se vide. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai appris à parler cette langue et à l'écrire ; pour parler à la place d'un mort, continuer un peu ses phrases. Le meurtrier est devenu célèbre et son histoire est trop bien écrite pour que j'aie dans l'idée de l'imiter. C'était sa langue à lui. C'est pourquoi je vais faire ce qu'on a fait dans ce pays après son indépendance : prendre une à une les pierres des anciennes maisons des colons et en faire une maison à moi, une langue à moi. Les mots du meurtrier et ses expressions sont mon bien vacant. Le pays est d'ailleurs jonché de mots qui n'appartiennent plus à personne et qu'on aperçoit sur les devantures des vieux magasins, dans les livres jaunis, sur des visages, ou transformés par l'étrange créole que fabrique la décolonisation.
Il y a donc bien longtemps que l'assassin est mort et trop longtemps que mon frère a cessé d'exister - sauf pour moi. Je sais, tu es impatient de poser le genre de questions que je déteste, mais je te demande de m'écouter avec attention, tu finiras par comprendre. Ce n'est pas une histoire normale. C'est une histoire prise par la fin et qui remonte vers son début. Oui, comme un banc de saumons dessiné au crayon. Comme tous les autres, tu as dû lire cette histoire telle que l'a racontée l'homme qui l'a écrite. Il écrit si bien que ses mots paraissent des pierres taillées par l'exactitude même. C'était quelqu'un de très sévère avec les nuances, ton héros, il les obligeait presque à être des mathématiques. D'infinis calculs à base de pierres et de minéraux. As-tu vu sa façon d'écrire ? Il semble utiliser l'art du poème pour parler d'un coup de feu ! Son monde est propre, ciselé par la clarté matinale, précis, net, tracé à coups d'arômes et d'horizons. La seule ombre est celle des "Arabes", objets flous et incongrus, venus "d'autrefois", comme des fantômes avec, pour toute langue, un son de flûte. Je me dis qu'il devait en avoir marre de tourner en rond dans un pays qui ne voulait de lui ni mort ni vivant. Le meurtre qu'il a commis semble celui d'un amant déçu par une terre qu'il ne peut posséder. Comme il a dû souffrir, le pauvre ! Être l'enfant d'un lieu qui ne vous a pas donné naissance.

 
 
Revue de presse

Sébastien Lapaque - Le Figaro du 16 octobre 2014
Dans ce premier roman, publié après deux récits et un recueil de nouvelles, le réputé chroniqueur du Quotidien d'Orana eu l'audace de faire parler le frère de l'Arabe tué par Meursault dans L'Étranger. Écrire un roman dans le miroir d'un autre n'est pas une entreprise facile. Kamel Daoud y est parvenu, peut-être parce que son ambition était de faire entendre à la fois de l'amitié et de la colère...
Le jeu de miroirs entre le destin de Meursault et celui de Haroun, les combinaisons et les croisements de caractères, les échos qui se répercutent d'un livre à l'autre sont très subtils. Kamel Daoud, qui écrit dans un français plein de songes et de soleils, exubérant et savoureux, mène son histoire à la manière d'un roman policier.

Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche du 5 octobre 2014
On n'a cessé de peser les états d'âme de Meursault, de gloser sur son indifférence. Mais sa victime, l'Arabe, qui s'en est soucié ? Il est mort, et on n'en a plus parlé. Tué par balles, et plus encore par oubli, par dédain, passé par profits et pertes de la comptabilité littéraire. Mais il avait bien une famille, une histoire, un nom, ce mystérieux Arabe ? Soixante-dix ans après sa mort, l'Algérien Kamel Daoud lui a donné tout ça dans son admirable premier roman, réussite exceptionnelle, écrit dans la langue même de l'assassin et de Camus : le français. Meursault, contre-enquête est à la fois le complément et la suite de L'Étranger, ainsi que son habile et digne commentaire par la fiction...
Kamel Daoud ne sépare jamais la réalité de la littérature. C'est cet enchevêtrement de l'une et de l'autre qui fait de son livre une oeuvre aussi fascinante que singulière.

Philippe Douroux - Libération du 10 juillet 2014
La confrontation paraît démesurée, Meursault, contre-enquête n'est pas l'Etranger, mais Kamel Daoud parvient à entremêler les deux histoires (l'irruption de Meriem répond à celle de Marie, la dernière phrase du livre renvoie à celle écrite par Camus), en imposant petit à petit la sienne, celle de l'Arabe.

Macha Séry - Le Monde du 26 juin 2014
Avec " Meursault, contre-enquête ", l'écrivain algérien a réécrit " L'Etranger " - du point de vue arabe. Superbe...
Jamais le nom de Camus n'est prononcé dans Meursault, contre-enquête, le superbe roman de Kamel Daoud qui, aujourd'hui, répond à L'Etranger et le prolonge. Le livre y est attribué à l'assassin lui-même, Meursault, qui l'aurait écrit à sa sortie de prison. Comme s'il s'agissait d'une histoire vraie, comme si la fiction avait contaminé le réel au point de s'y substituer. Quel plus beau tribut à la littérature ?...
Voilà comment écrit Kamel Daoud : magnifiquement. Après Minotaure 504 (Sabine Wespieser, 2011), recueil de quatre nouvelles sur la condition humaine en Algérie, son premier roman frappe par son ambiguïté morale et son désespoir politique. A l'avenir, L'Etranger et Meursault, contre-enquête se liront tel un diptyqu

Jean-Baptiste Harang - Le Magazine Littéraire, mai 2014
Bien sûr, il y a Meursault dans le titre. Et le contre-pied de l'incipit : «Aujourd'hui, M'ma est encore vivante», en écho au «Aujourd'hui maman est morte» de L'Étranger. Bien sûr, Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, publié pour la première fois en 2013 (éd. Barzakh, Alger), est un écho au livre d'Albert Camus, mais le titre est trompeur, pas de contre-enquête mais un roman, le premier de son auteur (...), écrit avec malice et colère. La malice de ne jamais mentionner le titre L'Étranger...
Et la colère de Kamel Daoud qui depuis une douzaine d'années tient une chronique dans Le Quotidien d'Oran, acide, féroce, parfois désespérée, critique lucide et engagée de l'Algérie d'aujourd'hui.

 
 
Courrier des auteurs (en partenariat avec Fnac.com et lechoixdeslibraires.com)


Kamel Daoud, enfant vous disiez-vous «Un jour je serai écrivain» ?

Tout à fait, je le savais : enfant je savais qu'un jour ou l'autre je serais écrivain.

Je n'imagine pas ma vie sans écrire : cela me donne quelque chose d'extraordinaire, cela me donne de la dignité face à l'absurde, cela me donne du poids face à Dieu cela me donne de la profondeur face à la brièveté, c'est ça, c'est exactement ça

J'aime ne pas penser quand j'écris, j'aime écouter la voix qui est dans ma tête, j'aime la laisser raconter le monde ou un détail du monde à sa façon. L'inspiration, c'est se taire et écouter.

Dans le journalisme, on perd le luxe d'avoir un rite ou des caprices parce que pour les journaux vous écrivez n'importe où, avec l'angoisse et le stress de la deadline. Donc il y a un peu de rituels liés au calme, au confort d'une pièce par exemple. En revanche j'aime bien écrire la nuit. J'écoute mes personnages, je fais du secrétariat quand j'écris, j'écoute, je regarde et je décris, pas plus.

Je n'aime pas trop le mot «consolation». Je lui préfère d'autres mots mais le mot consolation non, j'y vois quelqu'un en position assise quelqu'un qui attend une sorte de justice du monde : le monde n'est pas juste, le monde c'est quelque chose de formidable mais d'absolument cruel. Je n'aime pas le mot «consolation», j'aime le mot «réussite», le mot «enthousiasme», le mot «vigueur», le mot «volonté», j'aime d'autres mots mais «consolation» non...

Qu'est-ce que je fais quand j'ai un coup de blues ? Généralement j'écris, sinon j'aime bien écouter (ça s'est un rituel chez moi), j'aime écouter les musiques de film sans voir les films : les bandes- sons des films j'adore...

Je n'ai pas eu de difficulté à apprendre le français : j'étais un brillant écolier, je l'étais vraiment. L'apprentissage n'est pas mon problème : quand on a une vision profonde du projet, quand le désir est là, tout se soumet, qu'on le veuille, ou non. Donc j'ai appris cette langue sans contrainte et sans difficulté. C'est justement cette facilité à comprendre et à lire les livres qui m'a fait penser à l'époque que moi aussi je pouvais devenir écrivain.

Je ne suis pas heureux d'être écrivain : je le serai le jour où l'écriture sera accomplie. C'est une entreprise qui n'est pas encore finie. Donc ce n'est pas être heureux, c'est que je me sens «avancé» quand j'écris, je sens que je m'approche du sens. En écrivant je me sens digne de décrocher et de croiser une explication ou de la provoquer ou de m'en approcher. Il y a de la joie dans le sens où l'écriture augmente chez moi ou veut augmenter chez moi la lucidité, ou la conscience. Il y a de la joie en ce sens-là.

J'ai aimé lire, j'ai aimé ouvrir le monde et le feuilleter alors que j'étais coincé dans un village. J'ai aimé le roman marin, j'ai aimé Jules Vernes, j'ai aimé la mythologie grecque à l'époque où j'avais dix ans, j'ai aimé lire parce que c'était fabuleux, parce que le monde en devient infini. J'ai aimé lire parce que je voyageais. J'ai aimé lire parce que j'échappais à la contrainte parce que je palpais le corps de la femme (je lisais des romans érotiques alors que j'avais dix ans). J'ai aimé cette position de Dieu quand on lit, j'ai aimé ça : on a le statut de Dieu quand on lit ou quand on écrit.

Si l'au-delà existait je pense que j'y serais bibliothécaire...


- Kamel Daoud

Kamel Daoud, enfant vous disiez-vous «Un jour je serai écrivain» ?

Tout à fait, je le savais : enfant je savais qu'un jour ou l'autre je serais écrivain.

Je n'imagine pas ma vie sans écrire : cela me donne quelque chose d'extraordinaire, cela me donne de la dignité face à l'absurde, cela me donne du poids face à Dieu cela me donne de la profondeur face à la brièveté, c'est ça, c'est exactement ça

J'aime ne pas penser quand j'écris, j'aime écouter la voix qui est dans ma tête, j'aime la laisser raconter le monde ou un détail du monde à sa façon. L'inspiration, c'est se taire et écouter.

Dans le journalisme, on perd le luxe d'avoir un rite ou des caprices parce que pour les journaux vous écrivez n'importe où, avec l'angoisse et le stress de la deadline. Donc il y a un peu de rituels liés au calme, au confort d'une pièce par exemple. En revanche j'aime bien écrire la nuit. J'écoute mes personnages, je fais du secrétariat quand j'écris, j'écoute, je regarde et je décris, pas plus.

Je n'aime pas trop le mot «consolation». Je lui préfère d'autres mots mais le mot consolation non, j'y vois quelqu'un en position assise quelqu'un qui attend une sorte de justice du monde : le monde n'est pas juste, le monde c'est quelque chose de formidable mais d'absolument cruel. Je n'aime pas le mot «consolation», j'aime le mot «réussite», le mot «enthousiasme», le mot «vigueur», le mot «volonté», j'aime d'autres mots mais «consolation» non...

Qu'est-ce que je fais quand j'ai un coup de blues ? Généralement j'écris, sinon j'aime bien écouter (ça s'est un rituel chez moi), j'aime écouter les musiques de film sans voir les films : les bandes- sons des films j'adore...

Je n'ai pas eu de difficulté à apprendre le français : j'étais un brillant écolier, je l'étais vraiment. L'apprentissage n'est pas mon problème : quand on a une vision profonde du projet, quand le désir est là, tout se soumet, qu'on le veuille, ou non. Donc j'ai appris cette langue sans contrainte et sans difficulté. C'est justement cette facilité à comprendre et à lire les livres qui m'a fait penser à l'époque que moi aussi je pouvais devenir écrivain.

Je ne suis pas heureux d'être écrivain : je le serai le jour où l'écriture sera accomplie. C'est une entreprise qui n'est pas encore finie. Donc ce n'est pas être heureux, c'est que je me sens «avancé» quand j'écris, je sens que je m'approche du sens. En écrivant je me sens digne de décrocher et de croiser une explication ou de la provoquer ou de m'en approcher. Il y a de la joie dans le sens où l'écriture augmente chez moi ou veut augmenter chez moi la lucidité, ou la conscience. Il y a de la joie en ce sens-là.

J'ai aimé lire, j'ai aimé ouvrir le monde et le feuilleter alors que j'étais coincé dans un village. J'ai aimé le roman marin, j'ai aimé Jules Vernes, j'ai aimé la mythologie grecque à l'époque où j'avais dix ans, j'ai aimé lire parce que c'était fabuleux, parce que le monde en devient infini. J'ai aimé lire parce que je voyageais. J'ai aimé lire parce que j'échappais à la contrainte parce que je palpais le corps de la femme (je lisais des romans érotiques alors que j'avais dix ans). J'ai aimé cette position de Dieu quand on lit, j'ai aimé ça : on a le statut de Dieu quand on lit ou quand on écrit.

Si l'au-delà existait je pense que j'y serais bibliothécaire...

Le courrier des auteurs : Courrier de Kamel Daoud - 04/11/2014
Kamel Daoud, enfant, vous disiez-vous «Un jour je serai écrivain» ?

Tout à fait, je le savais : enfant je savais qu'un jour ou l'autre je serais écrivain.

Je n'imagine pas ma vie sans écrire : cela me donne quelque chose d'extraordinaire, cela me donne de la dignité face à l'absurde, cela me donne du poids face à Dieu cela me donne de la profondeur face à la brièveté, c'est ça, c'est exactement ça

J'aime ne pas penser quand j'écris, j'aime écouter la voix qui est dans ma tête, j'aime la laisser raconter le monde ou un détail du monde à sa façon. L'inspiration, c'est se taire et écouter.

Dans le journalisme, on perd le luxe d'avoir un rite ou des caprices parce que pour les journaux vous écrivez n'importe où, avec l'angoisse et le stress de la deadline. Donc il y a un peu de rituels liés au calme, au confort d'une pièce par exemple. En revanche j'aime bien écrire la nuit. J'écoute mes personnages, je fais du secrétariat quand j'écris, j'écoute, je regarde et je décris, pas plus.

Je n'aime pas trop le mot «consolation». Je lui préfère d'autres mots mais le mot consolation non, j'y vois quelqu'un en position assise quelqu'un qui attend une sorte de justice du monde : le monde n'est pas juste, le monde c'est quelque chose de formidable mais d'absolument cruel. Je n'aime pas le mot «consolation», j'aime le mot «réussite», le mot «enthousiasme», le mot «vigueur», le mot «volonté», j'aime d'autres mots mais «consolation» non...

Qu'est-ce que je fais quand j'ai un coup de blues ? Généralement j'écris, sinon j'aime bien écouter (ça s'est un rituel chez moi), j'aime écouter les musiques de film sans voir les films : les bandes- sons des films j'adore...

Je n'ai pas eu de difficulté à apprendre le français : j'étais un brillant écolier, je l'étais vraiment. L'apprentissage n'est pas mon problème : quand on a une vision profonde du projet, quand le désir est là, tout se soumet, qu'on le veuille, ou non. Donc j'ai appris cette langue sans contrainte et sans difficulté. C'est justement cette facilité à comprendre et à lire les livres qui m'a fait penser à l'époque que moi aussi je pouvais devenir écrivain.

Je ne suis pas heureux d'être écrivain : je le serai le jour où l'écriture sera accomplie. C'est une entreprise qui n'est pas encore finie. Donc ce n'est pas être heureux, c'est que je me sens «avancé» quand j'écris, je sens que je m'approche du sens. En écrivant je me sens digne de décrocher et de croiser une explication ou de la provoquer ou de m'en approcher. Il y a de la joie dans le sens où l'écriture augmente chez moi ou veut augmenter chez moi la lucidité, ou la conscience. Il y a de la joie en ce sens-là.

J'ai aimé lire, j'ai aimé ouvrir le monde et le feuilleter alors que j'étais coincé dans un village. J'ai aimé le roman marin, j'ai aimé Jules Vernes, j'ai aimé la mythologie grecque à l'époque où j'avais dix ans, j'ai aimé lire parce que c'était fabuleux, parce que le monde en devient infini. J'ai aimé lire parce que je voyageais. J'ai aimé lire parce que j'échappais à la contrainte parce que je palpais le corps de la femme (je lisais des romans érotiques alors que j'avais dix ans). J'ai aimé cette position de Dieu quand on lit, j'ai aimé ça : on a le statut de Dieu quand on lit ou quand on écrit.

Si l'au-delà existait je pense que j'y serais bibliothécaire...


- Kamel Daoud

Kamel Daoud, enfant, vous disiez-vous «Un jour je serai écrivain» ?

Tout à fait, je le savais : enfant je savais qu'un jour ou l'autre je serais écrivain.

Je n'imagine pas ma vie sans écrire : cela me donne quelque chose d'extraordinaire, cela me donne de la dignité face à l'absurde, cela me donne du poids face à Dieu cela me donne de la profondeur face à la brièveté, c'est ça, c'est exactement ça

J'aime ne pas penser quand j'écris, j'aime écouter la voix qui est dans ma tête, j'aime la laisser raconter le monde ou un détail du monde à sa façon. L'inspiration, c'est se taire et écouter.

Dans le journalisme, on perd le luxe d'avoir un rite ou des caprices parce que pour les journaux vous écrivez n'importe où, avec l'angoisse et le stress de la deadline. Donc il y a un peu de rituels liés au calme, au confort d'une pièce par exemple. En revanche j'aime bien écrire la nuit. J'écoute mes personnages, je fais du secrétariat quand j'écris, j'écoute, je regarde et je décris, pas plus.

Je n'aime pas trop le mot «consolation». Je lui préfère d'autres mots mais le mot consolation non, j'y vois quelqu'un en position assise quelqu'un qui attend une sorte de justice du monde : le monde n'est pas juste, le monde c'est quelque chose de formidable mais d'absolument cruel. Je n'aime pas le mot «consolation», j'aime le mot «réussite», le mot «enthousiasme», le mot «vigueur», le mot «volonté», j'aime d'autres mots mais «consolation» non...

Qu'est-ce que je fais quand j'ai un coup de blues ? Généralement j'écris, sinon j'aime bien écouter (ça s'est un rituel chez moi), j'aime écouter les musiques de film sans voir les films : les bandes- sons des films j'adore...

Je n'ai pas eu de difficulté à apprendre le français : j'étais un brillant écolier, je l'étais vraiment. L'apprentissage n'est pas mon problème : quand on a une vision profonde du projet, quand le désir est là, tout se soumet, qu'on le veuille, ou non. Donc j'ai appris cette langue sans contrainte et sans difficulté. C'est justement cette facilité à comprendre et à lire les livres qui m'a fait penser à l'époque que moi aussi je pouvais devenir écrivain.

Je ne suis pas heureux d'être écrivain : je le serai le jour où l'écriture sera accomplie. C'est une entreprise qui n'est pas encore finie. Donc ce n'est pas être heureux, c'est que je me sens «avancé» quand j'écris, je sens que je m'approche du sens. En écrivant je me sens digne de décrocher et de croiser une explication ou de la provoquer ou de m'en approcher. Il y a de la joie dans le sens où l'écriture augmente chez moi ou veut augmenter chez moi la lucidité, ou la conscience. Il y a de la joie en ce sens-là.

J'ai aimé lire, j'ai aimé ouvrir le monde et le feuilleter alors que j'étais coincé dans un village. J'ai aimé le roman marin, j'ai aimé Jules Vernes, j'ai aimé la mythologie grecque à l'époque où j'avais dix ans, j'ai aimé lire parce que c'était fabuleux, parce que le monde en devient infini. J'ai aimé lire parce que je voyageais. J'ai aimé lire parce que j'échappais à la contrainte parce que je palpais le corps de la femme (je lisais des romans érotiques alors que j'avais dix ans). J'ai aimé cette position de Dieu quand on lit, j'ai aimé ça : on a le statut de Dieu quand on lit ou quand on écrit.

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