Avec Fnac.com,le site culturel Passagedulivre.com produit des chroniques littéraires pour mieux choisir vos livres préférés.

 

Les lecteurs de Livres Hebdo sont invités à découvrir sur Passagedulivre.com les plus beaux portraits des auteurs et des traducteurs.

 

Découvrez les interviews décalées des auteurs et des traducteurs.

 

Abonnez vous à la correspondance "Fnac.com et l'actualité des livres", envoyée chaque semaine à plus de 400 000 amoureux des livres. Vous y trouverez notamment les interviews décalées des écrivains et des traducteurs, et de courts extraits de vos livres préférés.

 

Amis éditeurs, une page de ce site a été spécialement conçue pour vous : la foire aux questions.

 

Bonne visite sur Passagedulivre.com !

 

.. Des monstres littéraires

Couverture du livre Des monstres littéraires

Date de saisie : 01/07/2015
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Auteur : Jérôme Orsoni
Préface : Eduardo Berti

Prix : 19.00 €
ISBN : 9782330048440
GENCOD : 9782330048440 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 11/03/2015

 
 
4ème de couverture

Nous aurions pu inventer et reprendre, faire et défaire, aller de l'avant et revenir sur nos pas, faire un chemin dans un sens, et puis le faire dans le sens inverse, nous métamorphoser, et nous métamorphoser à l'envers. Aller partout, tout le temps, dans tous les sens. Rejeter comme l'anachronisme ultime la fin de l'histoire. Un jour, un insecte. Le lendemain, un homme. Et toujours des monstres littéraires.
J.O.

Né en 1977, Jérôme Orsoni vit et travaille à Paris. Il a déjà publié deux essais littéraires sur la musique, dont Au début et autour, Steve Reich, aux éditions Chemin de Ronde, et traduit, entre autres, les entretiens de John Cage sur Marcel Duchamp, Rire et se taire, aux éditions Allia.

logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com

 
 
Passage choisi

FRANÇOIS

Celui qu'on a connu à Montevideo sous le nom de Dr Odake, j'avais pris l'habitude de l'appeler simplement François. Je l'avais connu à Paris alors qu'il était encore étudiant, passionné de littérature, et éperdument amoureux des contes de Kafka. Les plus courts surtout, dans lesquels il trouvait une profondeur et une poésie qu'il ne parvenait pas à retrouver dans ses oeuvres plus longues. Ces dernières, il lui semblait qu'elles étaient trop élaborées, s'éloignant du réel fantastique qui conférait, selon lui, leur vraie beauté à ses brefs récits. Nous nous étions rapidement liés d'amitié, une amitié intellectuelle, certes, mais sincère. Je lui faisais lire mes ébauches d'essais, des choses sans grande importance, qu'il lisait toutefois avec une bienveillance que je sentais n'être pas feinte. Quant à moi, je l'encourageais à poursuivre dans sa voie, à ne pas lâcher prise, même quand les difficultés pouvaient sembler insurmontables, à aller toujours encore un peu plus loin. A écrire, donc, même si je ne savais pas alors ce qu'il écrivait. Il ne m'avait jamais rien proposé à la lecture, et je trouvais quant à moi impudent de le lui demander.
Je l'aimais comme j'eusse aimé un jeune frère que j'aurais rencontré à la maturité. Nous n'avions pas grandi ensemble, mais des liens, d'autant plus puissants que nous les découvrions tardivement, nous unissaient toutefois.
François a décidé de quitter Paris deux années après notre rencontre. Quand il m'a dit qu'il partait pour Montevideo, je lui ai répondu d'un large sourire. Je n'en espérais pas moins de lui : une ville romantique et littéraire, par excellence, dans l'autre hémisphère, loin de la grisaille germanopratine qui aurait certainement fini par avoir raison de lui (pour moi, c'était en un sens déjà trop tard). Il ne quittait cependant pas Paris parce qu'il trouvait la ville trop triste - il avait même fini par y être sincèrement heureux -, il quittait Paris pour loutre-hémisphère, le Sud absolu, l'aventure, ou ce qu'il pouvait bien en rester, alors que nous n'étions pas encore si vieux, lui, surtout.
J'ai toujours trouvé qu'il y avait quelque chose de profondément XIXe chez François. S'il était moderne ? Oui, assurément, et bien plus que ça, même. Mais ses manières avaient une ancienneté qui le distinguait spontanément des autres. Je crois qu'il n'avait pas appris ces manières, qu'il n'avait jamais voulu se comporter ainsi, avec cet air de détachement, une ombre de décadence dans chacun de ses gestes. Il était simplement devenu comme cela. Il n'était pas affecté. Mais son naturel était si artificiel qu'il en était réellement désarmant. A moins que ce ne fut l'inverse. Je ne sais pas. Dans la conversation, ses mouvements étaient empreints d'une grâce qui soulignait le cours de sa pensée. Quand il m'exposait une idée, il ne le faisait ainsi jamais sur un ton docte ou sentencieux ; il m'attirait plutôt à elle, il y venait par un chemin qui semblait anodin : il glissait au fur et à mesure qu'il élaborait ses phrases des indications qui, dans l'instant qu'il les prononçait, ne paraissaient guère originales, mais qui résonnaient longtemps après qu'il avait fini de parler. J entendais souvent sa voix le soir au moment de me coucher. C'est qu'il continuait de me parler. (...)

 
 
Revue de presse

Antoine Perraud - La Croix du 17 juin 2015
Jérôme Orsoni a composé un recueil de brèves nouvelles étourdissantes, dont la lecture laisse dans un état rêveur. Le prétexte en est simple, qui permet de déchaîner moult bombes imaginatives à fragmentation  : un styliste de Montevideo adresse à une accointance parisienne la gerbe de textes tremblés, mystérieux, déconcertants, brefs, un rien fantastiques, qu'il nous est donné de lire...
Délivrée du nombrilisme ultra-contemporain, extirpée de l'époque gluante, échappée des fadeurs attendues, fuyant comme la peste les autoroutes de la narration, la plume de Jérôme Orsoni retrouve la dérive et le hasard, l'éclatement et la fragmentation, l'onirisme et la déraison, qui transforment son lecteur en orpailleur.

logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com

 
Nous contacter - Informations légales - Vous êtes éditeur ?