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.. Métamorphose d'un crabe

Couverture du livre Métamorphose d'un crabe

Date de saisie : 14/10/2016
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Auteur : Sylvie Dazy

Prix : 15.00 €
ISBN : 9782842638764
GENCOD : 9782842638764 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 24/08/2016

 
 
4ème de couverture

Autant prévenir, avec Métamorphose d'un crabe pas de vue sur la mer, de bar terrasse et d'ensoleillement record : on y vit gris, ça gagne petit, à la rude, sans trop d'air et avec nul sourire. Ce que nous dévoile, au fil de ce monologue fiévreux, de cette confession rêche, Sylvie Dazy, c'est la prison au quotidien, la vie et rien d'autre d'un fonctionnaire de la pénitentiaire. Les plaisirs et les jours d'un maton lambda, mais qui médite l'écriture d'un «grand livre sur la prison». Notre homme s'appelle Christo, un gars du Nord, nanti d'une absurde licence d'anglais, poussé à l'ombre de la prison de Bapaume et qui, loin du café familial, «lève l'ancre pour une exotique nature» à savoir le monde de la tôle. Car là, sans doute avec son goût de l'écoute et de son oeil d'ethnologue, il pense assouvir son goût d'un ailleurs périlleux, d'une aventure en temps réel : «Du danger parfois, du risque, des armes. De la solidarité entre hommes aussi, et de la joie, les surveillants aimaient rire fort. Le matin serait une aventure.» Mais si l'aventure est là, elle prend surtout l'allure d'une ronde sans fin, rythmée par le choc des talons et le cliquetis des clés, le grondement des roulantes et les alertes soudaines : suicide, feu, émeute, une vie de déambulations dans un sempiternel corridor ponctué de remontrances, de promotions et de mutations. Ensuite viennent les hommes, surveillants et surveillés, balances et demi-chefs, faux potes et vrais dingues. «La prison est une drôle d'école, on y travaille autant à la louche qu'au pinceau délicat, c'est ce que personne ne veut comprendre.»

Du Creusot, la ville ancienne des mines et de la métallurgie, Sylvie Dazy s'envole très tôt pour migrer vers Lannion et le Trégor. De cette enfance tournée vers le large naît un amour inconditionnel pour la Bretagne. Mais la vie a plus d'un tour dans son sac et l'envoie, à vingt-deux ans, aux prisons de Fleury-Mérogis et de la Santé. Elle devient éducatrice, chargée de réinsertion et dit y avoir tout appris des relations humaines. La quarantaine arrivant, elle fatigue de toujours commencer sa journée en frappant à la porte d'une maison d'arrêt, elle décide d'écrire, de frapper à la porte de maisons d'éditions et livre ce texte, inspiré de son expérience.

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Passage choisi

En général, mes souvenirs remontent à la file après celui-ci : j'arrive à une des portes de détention, la journée se termine. A vrai dire, c'est la pire des heures. Des grandes fenêtres qui éclairent le rond-point ne tombe plus que le gris épais du ciel, un glacis usé. Dans le cercle au milieu, qui ouvre sur les quatre divisions, un gardien tourne avec ses clés, il râle perpétuellement ou prend son tournis comme une blague, au gré des appels qui se succèdent aux portes, des gens qui passent pour aller piétiner ailleurs. On touche à la caricature du métier : tour du poignet à gauche, à droite, coup de pied sur une barre pour pousser, et un appel plus loin, on y va. Ponctuation métallique, ça racle dans la serrure.
L'air est chargé d'odeurs troubles et de Javel mélangées. Parfois d'une avocate s'exhale un parfum suave.
Ce soir des surveillants courent et jettent la lance à incendie à travers les barreaux. La porte de la division 2 bloque, c'est vieux. Il faudrait la casser pour le passage du Samu. La vie entière ici est en acier trempé. J'apprends par une volée de mots qu'un prisonnier s'est enroulé dans son matelas de mousse et y a mis le feu. En volute, une fumée échappée par l'oeilleton a alerté. Il a tenu longtemps sans hurler, puis au-dessus de l'agitation, un long cri a rempli le quartier bas comme une onde visqueuse. Au milieu de la coupole, surplombant le rond-point, un oiseau sombre bat des ailes, impérial dans son envol macabre. Dans la cellule, les flammes lèchent le rideau des WC, les photos contre le mur, le placard en bois. Peu de vie se consume en ce brasier piteux.
Puis les portes s'ouvrent, les bruits se rapprochent, le Samu arrive en précipitation.
Dans quelques minutes la prison vomira à nouveau son horreur à bas bruit, qui remplit le bar du mess à l'heure des repas. Nous y serons tous, pastis, whisky, nous autres surveillants, infirmières, travailleurs sociaux. On plaisantera sur l'homme vaincu. Je conçois que cela paraisse choquant vu de l'extérieur. De l'extérieur on ne comprend pas, on ne sait pas, il nous convient bien, d'ailleurs, ce côté gardien du secret, ça nous permet de mépriser à notre tour, la pénitentiaire est une affaire de mépris tournant où chacun prend sa part.
La prison n'accroche pas que les détenus à son tableau de chasse. Elle nous fusille lentement, nous autres aussi.

 
 
Revue de presse

Stéphanie Dupays - Le Monde du 15 septembre 2016
Avec ce choix narratif - un «je» qui n'est pas autobiographique -, elle trouve la bonne distance par rapport à sa propre expérience : ni trop près, pour échapper à la sidération, ni trop loin, pour rendre compte au plus juste de ce lien tissé d'amitié, de haine, de respect et de rivalité entre le personnel pénitentiaire et les détenus. «Je ne voudrais pas qu'ils le vivent comme une humiliation de plus», s'inquiète Sylvie Dazy, qui craint plus le regard des surveillants que celui des prisonniers. Si elle a imaginé un héros attachant, «un homme sensible et cultivé», dit-elle, elle est consciente de s'être attaquée à un sujet tabou : la fragilité de la frontière entre le malfrat et celui qui est chargé de le surveiller...
Plongée saisissante dans l'univers carcéral avec son jargon, ses règlements compliqués, ses légendes monstrueuses et toute une grammaire des gestes autorisés ou interdits, ce roman peut se lire aussi comme une réflexion sur la transgression et la porosité des frontières entre la norme et l'interdit.

 
 
Courrier des auteurs (en partenariat avec Fnac.com et lechoixdeslibraires.com)


1) Qui êtes-vous ? !
Un électron libre.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le thème central du livre est le paradoxe, qui n'est que les deux revers d'une même médaille. J'ai dans ma vie l'impression de vivre dans un paradoxe et une contradiction en permanence, ce qui ne m'empêche pas d'y trouver une profonde unité. (enfin ça c'est venu avec le temps et ce n'est pas toujours marrant ni reconnu socialement...)
Ici cette curiosité est incarnée par un surveillant qui n'arrive pas à trouver sa place dans la prison où il est nommé : La Santé.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'avais envie de parler des sous-sols de la Santé, les dessous des cellules en quelque sorte. Je les ai visités un jour, ils sont un peu sidérants, mais en fait bien dans le genre de l'établissement.
«Les bruits de la laverie remontent jusqu'aux étages. S'y empilent les couvertures, les draps, les serviettes informes, les bleus de travail des auxiliaires. Une odeur de lessive s'étire jusqu'aux escaliers pour y disparaître, un amas de quincaillerie plus loin attend de soigner les boyaux qui courent, les veines qui remontent le long des murs, serrures et chasses d'eau bruyantes, tout un bricolage qui tient depuis un siècle on ne sait trop comment. Au dessous des cellules et des cours de promenade, un purgatoire organise la vie, invisible, étouffé, sans hiver ni été. On en revient par des escaliers en colimaçon, que bloquent des portes d'un autre âge. Des passages secrets creusent la vieille carcasse, cette arche d'un autre temps au milieu du monde moderne, insouciante de l'écoulement du temps, délabrée, toute-puissante.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«L'ennemi dans la glace» Alain Chamfort. Quand la variété confine au génie.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un goût pour l'intranquillité. J'aime les gens qui jamais ne se contentent, ceux qui n'ont pas la conscience tranquille. J'imagine qu'ils pourraient être mes lecteurs.

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