Avec Fnac.com,le site culturel Passagedulivre.com produit des chroniques littéraires pour mieux choisir vos livres préférés.

 

Les lecteurs de Livres Hebdo sont invités à découvrir sur Passagedulivre.com les plus beaux portraits des auteurs et des traducteurs.

 

Découvrez les interviews décalées des auteurs et des traducteurs.

 

Abonnez vous à la correspondance "Fnac.com et l'actualité des livres", envoyée chaque semaine à plus de 400 000 amoureux des livres. Vous y trouverez notamment les interviews décalées des écrivains et des traducteurs, et de courts extraits de vos livres préférés.

 

Amis éditeurs, une page de ce site a été spécialement conçue pour vous : la foire aux questions.

 

Bonne visite sur Passagedulivre.com !

 

.. Réflexions sur le nazisme : entretiens avec Stéphane Bou

Couverture du livre Réflexions sur le nazisme : entretiens avec Stéphane Bou

Date de saisie : 06/10/2016
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Seuil, Paris, France
Auteur : Saul Friedländer

Prix : 19.00 €
ISBN : 9782021098563
GENCOD : 9782021098563 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 15/09/2016

 
 
4ème de couverture

Le grand historien du nazisme et de l'extermination des Juifs, prix Pulitzer 2008, livre ses réflexions sur l'histoire et la mémoire du nazisme et sur plus de trente années de débats publics dans une série de conversations passionnantes.
Depuis sa rencontre avec l'amiral Dönitz, le successeur désigné de Hitler, au tout début des années i960, jusqu'à l'écriture de L'Allemagne nazie et les Juifs, pour laquelle il invente une nouvelle forme de récit qui donne toute sa place à la parole des victimes, en passant par les grandes controverses des années 1980 avec les historiens allemands, Saul Friedländer n'a cessé de s'interroger sur les moyens de penser le nazisme et le génocide des Juifs et d'écrire une histoire qui soit à la mesure du phénomène.
Répondant aux questions du journaliste Stéphane Bou, il évoque aussi bien Hannah Arendt que Raul Hilberg, Fassbinder que Lanzmann, la mémoire juive que les mémoires allemandes de la Shoah. Et n'hésite pas à se dire moraliste.
Une parole d'une grande liberté qui n'a rien perdu de son tranchant.

Mondialement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes du nazisme et du génocide des Juifs, Saul Friedländer est notamment l'auteur de Pie XII et le IIIe Reich (Seuil, 1964 et 2010) et du livre-monument L'Allemagne nazie et les Juifs (2 vol., Les Années de persécution et Les Années d'extermination, prix Pulitzer, Seuil, 1997 et 2008). Il a publié la quasi-totalité de son oeuvre aux éditions du Seuil depuis 1964.

Stéphane Bou, journaliste et enseignant, a notamment publié un livre d'entretiens avec Elisabeth de Fontenay, Actes de naissance (Seuil, 2011). Il est spécialiste du cinéma.

logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com

 
 
Passage choisi

Commencements

Saul Friedländer, vous êtes devenu historien à trente ans. Comment avez-vous décidé de travailler sur l'histoire du nazisme ?

Pendant longtemps, je n'ai pas eu le projet de devenir historien et je me suis tenu à distance de mon passé. Pendant des années, la Shoah m'a laissé, je ne dirais pas indifférent, car cela serait faux, mais disons distancié. Je n'avais pas envie de me concentrer sur cet événement. Je n'en ressentais pas le besoin. C'était une sorte de mécanisme de défense tout à fait inconscient contre le trop-plein d'émotions qu'une telle histoire aurait pu susciter. Mais le fait est que, lorsque j'ai voulu reprendre mes études, j'ai néanmoins choisi un sujet d'histoire diplomatique ayant trait au nazisme. J'avais déjà beaucoup lu sur l'histoire de l'Allemagne nazie et de la guerre. C'est donc en parfaite innocence, si je puis dire, que je me suis mis à la recherche d'un sujet de thèse. J'ai choisi de travailler sur le facteur américain dans la politique étrangère et militaire de l'Allemagne entre septembre 1939 et décembre 1941. Comment Hitler et les diplomates et militaires qui l'entouraient avaient-ils conçu la possibilité d'une intervention américaine dans le conflit aux côtés de l'Angleterre, surtout après la défaite de la France ? En quoi cela avait-il influencé leur politique étrangère et leurs préparatifs militaires ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles j'ai essayé d'apporter une réponse.

Cela n'avait pas à proprement parler de rapport avec la Shoah...

Non, en effet.
De Genève où nous habitions et où je faisais mes études à l'Institut des hautes études internationales, je partais régulièrement en Allemagne, de l'Ouest à l'époque, à Bonn, aux archives du ministère des Affaires étrangères de la République fédérale, où étaient logées les archives du ministère des Affaires étrangères de l'Allemagne nazie. J'y ai beaucoup travaillé, ainsi que dans les archives militaires allemandes, à Fribourg-en-Brisgau, et dans divers autres centres d'archives d'Allemagne, mais aussi à Londres. Cela m'a progressivement conduit à me faire une idée claire de ce que devait être ma thèse. Je l'ai écrite assez rapidement et je l'ai soutenue en décembre 1963. Elle a été publiée aussitôt, parce qu'en Suisse, selon les usages en vigueur à cette époque, il fallait faire imprimer deux cents copies de sa thèse que l'Institut envoyait aux bibliothèques universitaires. Jacques Freymond, le directeur de l'Institut, m'a ensuite demandé de rester à Genève : un professeur était tombé assez gravement malade et il fallait le remplacer. J'ai donc commencé à enseigner à l'Institut au début de l'année 1964.

Votre premier livre à aborder frontalement la Shoah - Pie XII et le IIIe Reich - date de 1964, autrement dit juste après la soutenance de votre thèse. Vous venez de dire pourtant que, jusqu'à cette date, vous n'étiez pas prêt à étudier ce sujet.

C'est là qu'intervient le hasard. Quoique le mot «hasard» ne soit sans doute pas approprié : si j'avais eu une autre enfance et une autre jeunesse, je n'aurais peut-être pas fait attention à cet événement. Pendant que je travaillais à ma thèse, et tandis que je consultais des documents allemands ayant trait aux États-Unis, je suis tombé sur une archive, mal classée, qui appartenait en fait aux dossiers portant sur le Vatican. Il s'agissait d'une lettre, datée de décembre 1941, sollicitant à la demande de Pie XII l'orchestre de l'Opéra de Berlin, qui allait arriver à Rome dans les jours suivants, pour jouer, dans les appartements du pape, des extraits du Parsifal de Wagner. Je me suis dit qu'il était quand même curieux que le pape formule une telle demande, en décembre 1941, alors que la guerre sur le front Est atteignait des sommets de violence et que les exterminations, de civils russes et de Juifs, étaient connues au Vatican. Cela me choquait. Le concert n'a jamais eu lieu, mais la demande avait été exprimée. J'ai alors décidé, que, une fois ma thèse terminée, je reviendrais consulter les dossiers sur le Vatican. Pendant les vacances de Pâques de l'année 1964, je suis donc retourné à Bonn et j'ai copié les documents les plus intéressants des archives traitant des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l'Allemagne nazie.

Vous acceptez donc l'idée d'entreprendre un travail qui se raccorde avec votre propre passé. Qui y est d'autant plus relié qu'il est amené à porter sur le lien entre l'Église catholique et l'abandon des Juifs pendant la guerre : vous-même vous avez été confié à une institution religieuse pendant la Seconde Guerre mondiale.

(...)

logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com

 
Nous contacter - Informations légales - Vous êtes éditeur ?