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.. Heimska, la stupidité

Couverture du livre Heimska, la stupidité

Date de saisie : 18/01/2017
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Auteur : Eirîkur Örn Norðdahl
Traducteur : Éric Boury

Prix : 18.00 €
ISBN : 9791022605359
GENCOD : 9791022605359 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 05/01/2017

 
 
4ème de couverture

Futur proche, bienvenue dans la surveillance : les caméras sont partout, impossible de se déconnecter. Au royaume de la transparence, tout ce qui est caché est suspect. Áki et Lenita viennent de se séparer et se vengent par personnes interposées en se livrant à toutes sortes d'expériences sexuelles sous l'oeil attentif des webcams. Tous deux écrivains, ils achèvent chacun leur roman. Un roman unique. Oui fera date.
À Isafjördur, le soleil de minuit commence à pâlir et les mystérieuses coupures d'électricité se multiplient, privant les habitants des joies du voyeurisme ; un groupe d'étudiants en arts squatte une ancienne usine de crevettes en cultivant des projets louches ; les autorités sévissent, pas toujours raisonnables.
Dystopie contemporaine, Heimska est une satire vibrante de notre addiction à la vie des autres, de notre obsession de la transparence, de notre vanité sans bornes. Norðdahl passe le monde à la moulinette : l'art, l'amour et la politique sont autant d'illusions narcissiques qu'il convient de déboulonner avec une joie féroce.

«Eirîkur Örn Norðdahl n'a peur de rien.»
Sophie Joubert, L'Humanité

Eirîkur Örn Norðdahl est né à Reykjavik en 1978. Poète ettraducteur.il a vécu à Berlin puis dans plusieurs pays d'Europe du Nord, en particulier en Finlande, et dernièrement au Vietnam. Il est l'auteur de lllska, Le Mal, sélectionné pour le Médicis étranger et grand succès critique et public.

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Passage choisi

1

Campé, jambes écartées, au pied du lit, Áki Talbot baisait la fille - il lui semblait se souvenir qu'elle s'appelait Sigurbjörg - qu'il prenait en levrette avec frénésie au moment où le courant sauta, éteignant la diode verte de la webcam sur laquelle il avait imaginé éjaculer, sachant que Lenita l'observait. Il lâcha les hanches de Sigurbjörg, se retira et s'avança d'un pas nerveux vers l'ordinateur posé sur le bureau à l'angle de la chambre d'hôtel, puis abattit son poing sur le clavier comme si cela allait rétablir l'électricité. Il jeta un oeil à son portable qui n'affichait aucun réseau, à la télé éteinte et son iPad éteint - et aussi sûrement privé de réseau que tout le reste. Depuis le début de l'été, c'était le chaos et les choses allaient en empirant. Internet avait au moins deux coupures par jour et, deux fois sur trois, l'électricité sautait en même temps.
Et merde, marmonna Áki. La fille probablement prénommée Sigurbjörg s'était affalée sur le sol, le visage empourpré par l'alcool, l'oeil vitreux, comme Áki lui-même, et tout aussi vacillante, l'esprit embrouillé par la bière et une haleine de cendrier. Putain de merde ! Elle lui adressa un regard suppliant : calme-toi, pour l'amour de Dieu !
Le courant revint l'instant d'après. Áki n'avait plus la moindre envie de la baiser. Il voulait simplement qu'elle s'en aille ; il voulait lui demander de débarrasser le plancher, mais pas le courage d'affronter sa réaction.
Tiens, c'est pour le taxi, déclara-t-il en posant quelques billets de mille couronnes sur le bureau avant d'aller s'enfermer à double tour dans la salle de bain où, après s'être masturbé sur le lavabo, il prit une bonne douche. À son retour dans la chambre, la fille serait partie. Et quand il aurait dessoûlé, il aurait honte.

2

À l'autre bout de la connexion ou plutôt de son absence, Lenita buvait son thé tout en mâchant les épaisses feuilles d'une plante qu'elle avait achetée dans un magasin bio de Reykjavik. Elle avait éteint son ordinateur un bon moment avant la coupure de courant, abandonnant au beau milieu d'une fellation. Sortie de sa torpeur, elle avait préféré se consacrer à une autre activité. Ce truc-là commençait à être fatigant. Elle était restée un moment à se balancer d'avant en arrière sur sa chaise en reniflant et en essayant de se convaincre que ça ne l'atteignait pas jusqu'au moment où tous les appareils s'étaient éteints. Ce n'était qu'à ce moment-là qu'elle avait à nouveau eu envie de voir. Au moment où elle n'avait plus la possibilité de regarder. Au moment où elle n'avait plus le choix.
Elle laça ses chaussures. L'hôtel n'était qu'à cinq minutes de marche. Il était presque minuit, la lumière indirecte du soleil dorait les eaux du fjord. Elle se demanda comment punir Áki. Lui arracher les yeux ? C'était un peu trop classique, non ? Le châtrer ? Avec un ouvre-boîte rouillé ?
Non.
Elle n'était pas blessée à ce point. Áki l'avait mise en colère, mais il n'avait pas réussi à la blesser. Tout ça relevait chez lui d'un comportement tellement habituel.

(...)

 
 
Revue de presse

Macha Séry - Le Monde du 5 janvier 2017
Le récit se situe dans un futur proche, au temps de «surVeillance», un système vidéo où tout le monde peut observer chacun jour et nuit grâce au réseau omniprésent des webcams et des images satellites. Big Brother est ici au service de tous les citoyens. Ceux-ci ont consenti à l'abandon de leur vie privée pour mieux se protéger...
Heimska. La stupidité est le cinquième roman d'Eirikur Orn Norddahl (né en 1978), le deuxième publié en France après Illska. Le mal (Métailié, 2015), ­fiction monumentale qui frappait par son humour noir et son refus des conformismes, de quelque nature qu'ils soient. «L'immense bêtise moderne me donne la rage», confiait Flaubert. Les farces de Norddahl sont acides, et la fureur du trentenaire féroce envers les postures et les impostures...
Aucun risque de le voir exploiter, à des fins d'exotisme, les paysages nordiques, volcans ou fjords. Peu de chances de dénicher ailleurs l'alliage tragico-comique et la prestesse de narration caractérisant son style. Les romans de Norddahl procurent cette forme pure de griserie, la plus proche de la lettre comme s'il s'agissait d'un mot-valise : le gris allié à la rêverie.

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