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.. A couteaux tirés

Couverture du livre A couteaux tirés

Date de saisie : 23/02/2017
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. des Syrtes, Genève, Suisse
Auteur : Nikolaï Leskov
Préface : Gérard Conio
Traducteur : Julie Bouvard | Gérard Conio

Prix : 29.00 €
ISBN : 9782940523481
GENCOD : 9782940523481 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 09/02/2017

 
 
4ème de couverture

Paru en 1870, le roman de Nikolaï Leskov À couteaux tirés décrit, sur fond de trame policière, la décomposition d'une société au bord de ce que Leskov a appelé «un cataclysme inéluctable». Déjà Léon Bakst, lors de la révolution de 1905, illustrait dans son tableau Terror Antiquus la chute imminente de l'Empire. Mais le cataclysme inéluctable prédit par Leskov sera la révolution de 1917 que Dostoïevski annoncera également dans son roman Les Démons.
Par l'acuité de son observation, Leskov apporte un éclairage singulier sur le nihilisme d'une époque qui, sous sa plume, rappelle étrangement la nôtre.
La traduction de ce roman méconnu, maudit dès sa parution, longtemps interdit par la censure soviétique et découvert depuis peu dans l'édition russe, comble assurément une lacune dans notre connaissance à la fois de l'histoire et de la littérature russes.
C'est une oeuvre à plusieurs strates et dont la clef est une vision du monde qui décèle, dans les convulsions du présent, les prémisses de l'avenir.
Cet avenir est celui de notre monde, dont la faillite trouve sa source dans une transmutation des valeurs analogue à celle que Leskov a décryptée dans son roman.

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Passage choisi

LE PROLOGUE D'UN CATACLYSME INÉLUCTABLE

GÉRARD CONIO

À couteaux tirés est le deuxième roman de Nikolaï Leskov. Comme son premier roman, Sans issue, publié en 1864, c'est une oeuvre dirigée contre le nihilisme auquel Leskov avait sacrifié dans sa jeunesse avant de se retourner contre cette nouvelle forme de l'esprit révolutionnaire qui embrasait alors la jeune intelligentsia. Après l'échec des réformes d'Alexandre II, un vent de fronde secouait alors la partie «civilisée», intellectuelle, de la Russie et menaçait non seulement les fondements de l'absolutisme, mais ceux de la société tout entière. Paru en feuilleton en 1870 dans Le Messager russe de Katkov, avant d'être repris en volume l'année suivante par le même éditeur, on a pu comparer A couteaux tirés aux Démons de Dostoïevski, édité également en 1871 dans le même journal et inspiré par les mêmes affaires criminelles qui avaient défrayé la chronique de l'époque : l'affaire Kolossov, l'affaire Netchaev, la tentative d'assassinat d'Alexandre II par Karakazov en 1866.
Malgré ces points communs, tous les commentateurs se sont accordés pour constater la différence fondamentale qui séparait ces deux oeuvres contemporaines.
Lev Annenski dans sa préface du roman de Leskov a très justement caractérisé cette antinomie entre deux auteurs qui partageaient pourtant globalement la même vision du monde. Tous les deux sont persuadés que le nihilisme reposait sur une totale transmutation de la société, mais cette transmutation ne prend pas chez eux la même dimension.
«L'erreur résultant d'un calcul presque arithmétique, écrit Annenski, est le mélange général qui doit provenir de cette transmutation et, selon Leskov, elle est le principe même du nihilisme. Mais, poursuit Annenski, se souvenant sans doute de Nietzsche, cette transmutation est un acte philosophique. On ne peut remplacer une réalité d'une complexité aussi énorme. Chez Leskov, elle transpire à travers ce qu'il appelle "la substitution". Une idée claire et simple constitue le fondement d'À couteaux tirés, à savoir que le nihilisme est un phénomène vide, sans contenu, qui ne recouvre pas l'énorme masse des faits. On ne peut construire ni un monde ni un antimonde sur une tromperie et une auto-illusion. Et malgré toutes les concordances extérieures entre leurs motifs et leurs procédés, notamment l'atmosphère de scandale suspendue dans l'air et l'attente d'un crime annoncé, il existe une divergence cardinale qui oppose Leskov et Dostoïevski : chez Dostoïevski, le nihilisme est un vice spirituel, une dégradation morale, une possession démoniaque, un crime contre la foi qu'il faut poursuivre jusqu'au bout. Chez Leskov, dans Sans issue, dans Le Clergé de la collégiale mais surtout dans À couteaux tirés, il est "une bêtise et une erreur", c'est un jeu qui recouvre le crime, c'est une bouffonnerie et un charlatanisme, c'est presque un jeu de mots, un calembour, un bric-à-brac de calembredaines et de balivernes.»' Ainsi, le nihilisme décrit par Leskov dans À couteaux tirés est «une malfaçon», presque un malentendu, un quiproquo qui se résume dans un calembour, la déformation du «nihilisme» en «néguilisme». Le néguilisme est l'une des clés du roman de Leskov. Ce néologisme est construit à la fois sur négua, qui signifie le plaisir, la volupté, et sur guil, un mot de la langue courante de cette époque que l'on pourrait traduire aujourd'hui par notre emploi du mot «nul». Guil signifie : «c'est nul», il désigne «la nullité» de toute chose et avant tout des valeurs dont se réclament tous les systèmes politiques et sociaux. Si négua renvoie à l'hédonisme primitif revendiqué par les «nouveaux nihilistes», guildonne à leur «négativisme» une tout autre dimension que celle qui fondait l'idéal révolutionnaire de ceux que Camus appellera «les Justes». Quand le parti sera scindé entre «les anciens» et «les modernes» sous l'impulsion de Gordanov, personnage central de l'intrigue criminelle ourdie par Leskov, ce héros des temps nouveaux reprochera à son complice et souffre-douleur Vislenev d'être «un nihiliste antique» : «On devrait te mettre au musée des raretés», lui déclare-t-il. Et pour le convertir, il développera sa théorie du guil que Jean-Claude Marcadé, dans sa thèse sur Leskov, présente comme suit :
(...)

 
 
Revue de presse

Elena Balzamo - Le Monde du 23 février 2017
Ses personnages tourmentés sont les frères et les soeurs des ­héros dostoïevskiens, en proie aux mêmes démons ; son style, enrevanche, est inimitable, oscillant entre la prose classique et le skaz, cette technique narrative empruntée au parler populaire...
A couteaux tirés, l'une de ses premières oeuvres d'envergure, enfin traduite en français, offre l'occasion de (re) découvrir ce romancier à nul autre pareil.
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