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.. La vie automatique

Couverture du livre La vie automatique

Date de saisie : 17/02/2017
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Auteur : Christian Oster

Prix : 16.50 €
ISBN : 9782823608786
GENCOD : 9782823608786 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

Au départ, il y a l'incendie. Jean a oublié d'éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C'est dans cette atmosphère de désenchantement qu'il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s'installer chez elle. Puis son fils, Charles, un homme intrigant qui sort de l'hôpital psychiatrique. Jean s'attache à ses pas, perd sa trace, s'interroge sur son absence, qui le renvoie à celle qu'il éprouve face au monde.
Dans ce roman à l'écriture tendue, Christian Oster évoque la dérive d'un homme qui interroge, de manière souvent cocasse, le renoncement dans lequel il s'est installé.

Christian Oster est né en 1949. Prix Médicis 1999 pour Mon grand appartement, adapté au cinéma par Claude Berri, il est l'auteur de quatorze livres aux éditions de Minuit, dont, Loin d'Odile (1998), Une femme de ménage (2001), Trois hommes seuls (2008), Dans la cathédrale (2010). Il a également publié des romans policiers et de nombreux livres pour enfants (à L'École des loisirs).

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Passage choisi

Cinq jours plus tôt, j'avais fait un peu de cuisine. J'habitais à la campagne, une maison isolée à deux kilomètres d'un village. Je ne faisais généralement pas de cuisine, mais, à la suite d'une erreur de livraison, j'avais hérité d'un cageot de légumes. Des courgettes, notamment. J'avais mis le feu très bas sous la casserole et j'étais sorti dans le jardin. Le jardin donnait directement sur les champs. Au loin, j'avais regardé des chevaux courir. En contrebas, de rares voitures passaient sur la route. Les courgettes m'étaient sorties de l'esprit. J'avais cessé aussi de m'absorber dans le paysage. Seul sur mon tertre, j'avais fermé les yeux pour voir défiler ma vie récente. Puis j'ai senti le brûlé et je suis revenu vers la maison et plus précisément dans la cuisine. J'avais laissé un torchon sur la casserole. Ou plutôt je me suis rappelé que j'avais laissé un torchon sur la casserole parce qu'il n'y avait plus de torchon. Le feu, qui s'était communiqué aux rideaux, m'a fait me souvenir de ce torchon. Les flammes léchaient le bois des fenêtres. J'ai coupé le gaz, je croyais savoir que c'était une des choses à faire. J'ai quitté la cuisine, contiguë à la bibliothèque, où je me suis tenu immobile contre un mur. J'ai écouté avec attention le bruit du feu. C'est lorsque les fumées, puis les flammes, sont arrivées au seuil de la bibliothèque que j'ai pensé à faire un sac. Je suis allé dans la chambre, où j'ai fourré quelques vêtements dans une valise à roulettes. Mon téléphone était sur moi, j'ai eu également le réflexe d'aller chercher mon chargeur dans la bibliothèque, dont les murs étaient en train de noircir. Des fumées s'en échappaient, qui s'élevaient en tourbillons. J'ai rejoint la chambre, attrapé la valise et un sac à dos et enjambé la fenêtre. J'ai regardé la maison, on voyait le reflet des flammes à l'intérieur, on aurait pu penser que c'était allumé quoiqu'il fît grand jour encore, et de toute façon il s'agissait de lueurs mouvantes. De la fumée sortait en outre par les fenêtres ouvertes, elle commençait à former un panache. Je suis descendu vers la route, c'était un peu délicat à cause des voitures, je préférais qu'on ne me voie pas quitter ma maison en flammes en tirant une valise. Ce n'était d'ailleurs pas une bonne idée, cette valise, j'aurais dû me contenter de partir avec ma carte bancaire (que j'avais sur moi), quitte à m'acheter ensuite des vêtements et même éventuellement une valise. Je n'avais plus de voiture depuis que F. était partie avec, je n'avais pas encore eu le courage d'en racheter une. En attendant j'utilisais le seul vélo en état pour mes déplacements, mais ça ne convenait pas avec cette valise. Jetais par conséquent à pied et, sans valise, j'aurais marché plus vite. Plus discrètement, aussi.
C'est sur la route de la gare que je me suis vu tout à coup comme un homme qui n'a plus de maison. Jai pensé à contacter mon assurance, c'est-à-dire que j'ai eu une sorte de passage lucide, et puis ça m'a quitté et j'ai envisagé ma vie telle que je l'avais perçue une demi-heure plus tôt, à savoir d'un oeil sec, avec devant moi un vide sans contours, au bord de quoi je n'avais nullement le projet de me pencher. En tout cas, je me suis réfugié dans cette vision en me disant que c'était plus simple et même plus raisonnable, en définitive : dans ces conditions, j'avais en face de moi la vérité, ou plutôt j'avais la vérité près de moi, qui m'accompagnait et qui, faute de me tenir chaud, me consolait avec sa clarté.

 
 
Revue de presse

Jérôme Garcin - L'Obs du 2 février 2017
C'est dire ce qu'on gagne à fréquenter Christian Oster, l'auteur, jadis chez Minuit, aujourd'hui à l'Olivier, de «Mon grand appartement» (prix Médicis 1999) et d'«Une femme de ménage». A son contact, non seulement on s'instruit, mais aussi on se grandit...
Sa manière de pratiquer l'absurde avec solennité, de raisonner la loufoquerie et d'enrober l'incohérence des situations dans de longues phrases savantes (ah, cette «lumière du jour [qui] tombait en trapèze sur un sol de vieille ardoise, filtrée par une fenêtre éblouissante»), elles-mêmes encastrées dans des pages sans alinéa, provoque une incroyable jouissance de lecture.

Eric Chevillard - Le Monde du 16 février 2017
Dans La Vie automatique, il ne se contente pas de délester Jean, son personnage, il le dépouille carrément. Sa compagne vient de le quitter et voici qu'un incendie ravage sa maison. Parfait. L'homme n'a plus rien. Il est nu. C'est un bébé. Sa vie peut commencer. Le roman en tout cas, qui le voulait libre de toute attache...
L'auteur va avoir suffisamment à faire pour le sauver de la déprime, de la débine, de la déveine. Jamais cependant il n'écrit un mot plus haut que l'autre. Plus bas non plus, d'ailleurs, l'écriture est posée, le ton mesuré, l'humour moins présent que dans certains autres de ses livres, mais un fil d'ironie court tout du long de ce récit (derrière la plinthe)...
La fiction a cela de bon : on peut ne pas jouer le jeu. Jean est très fort pour l'esquive. L'écrivain aussi, qui ne laisse jamais son récit prendre un tour trop romanesque. Ce n'est pas parce que son personnage est comédien qu'il sera scénariste.

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