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.. La langue oubliée de Dieu

Couverture du livre La langue oubliée de Dieu

Date de saisie : 25/01/2017
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Editions Erick Bonnier, Paris
Auteur : Saïd Ghazal

Prix : 20.00 €
ISBN : 9782367600642
GENCOD : 9782367600642 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 26/01/2017

 
 
4ème de couverture

Hanté par une histoire accablante que lui ont transmise ses grands-parents, rescapés du pogrom des chrétiens en Turquie au début du XXe siècle, Aram s'efforce de traduire leur mémoire rédigée par Sowo, le grand-père, en araméen, la langue des Syriaques d'Orient...

Deux univers parallèles se télescopent, l'un au présent et l'autre au passé. C'est ce passé pesant dans lequel le héros est plongé à son corps défendant qui rendra son présent écrasant.

L'histoire se dévoile à travers une lente évolution de sentiments dualistes comme un clair-obscur.

Dans cette oeuvre exutoire, à mi-chemin entre les mémoires et l'autofiction, l'auteur règle ses comptes avec ses origines, son passé, son éducation et son exil forcé.

Saïd Ghazal est un libano-canadien francophone. Il fuit la guerre du Liban en 1975 sous la pression de ses parents. Il poursuit ses études à Montréal. La langue oubliée de Dieu est son premier roman.

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Passage choisi

ARAM

J'ai la langue mouillée par le ressac alphabétique d'un syriaque rouillé, d'un arabe trahi et d'un français adopté. Le premier m'inspire la vénération, le second la honte et le troisième le dénigrement des deux premiers. Par conséquent, je réanimerai le premier, j'étoufferai le deuxième, et je hisserai le troisième sur le dessus de ma langue. Ce qui va suivre révélera comment mon présent a été cambriolé par mon passé, et le dénouement s'imposera au fil des pages.
Je ne voulais pas de cette activité émotionnellement laxative. Oh la forte odeur d'une enfance faisandée ! Oh la levée d'un vent opaque pour m'aspirer dans les crevasses de sa mémoire ! Mais il est temps pour moi d'affronter le vertige de cette entreprise. Aram est le nom d'un peuple en voie d'extinction. C'est celui qui me fut donné et qui s'effacera au chant du coq. J'ai le cul entre une mémoire écrite et une mémoire imagée. Je suis le survivant et l'héritier d'une histoire hétéroclite dont l'identification est gravée au fronton de l'ignorance. Il s'agit d'une histoire à plusieurs voix qui tonnent et qui exigent être entendues. Bâclée par la désertion d'un inconnu qui m'abandonna dans le couloir de la vie et par la fin prématurée de la femme qui m'a donné le jour, soigneusement arpentée et transmise par mon grand-père Sowo et ma grand-mère Wardé, aimantée par la beauté fatale d'une prostituée, portée à son accomplissement par un ami d'enfance pourchassant un rêve inaccessible.
Trois femmes se sont partagé la tâche de me mettre au monde. Après l'abri fugace du ventre de ma mère, j'ai découvert la maternité chez ma grand-mère. Mes lèvres attachées à ses mamelles, je me suis gavé de sa féminité jusqu'à l'âge de dix ans, avant de me vautrer dans la fascination puis dans les draps de Didon, la pute. Entre elles, entre leurs dents, entre leurs jambes, livré à leurs déboires, leurs trahisons, leurs méfaits, je suis un golem façonné par de piètres potières. En bref, je tiens surtout du néant.
L'homme de la femme qui fut ma mère ne fit que passer en elle pour m'ouvrir le passage, à moi qui ne le perpétuerai pas. Quant à Sowo, mon grand-père, sa venue au monde avait eu lieu sous la houlette du dérisoire. Voilà comment il me la racontait :
Mon arrière-grand-père était doté d'un corps maigre et flexible comme une canne à pêche, avec un nez qui tenait de l'hameçon, mais mon arrière-grand-mère était très belle. Ses yeux avaient la couleur des olives vertes d'avant la cueillette. Lors de sa première et unique grossesse, elle travaillait comme bonne à tout faire chez une riche famille arménienne à Midyat. Elle fut prise de contractions une nuit où, enceinte jusqu'aux yeux, elle s'occupait d'une vache sur le point de vêler. Ses cris, le vent les emporta vers les étoiles qui ignorent tout de la douleur humaine - une fois fragmentées, ressentent-elles de la souffrance ? Pour tout appui, elle attrapa les oreilles de la vache et planta ses pieds dans la paille souillée, et elle accoucha de Sowo debout, en cinq minutes. Éjecté du ventre de sa mère, il chut dans un panier rembourré de paille convenablement placé dans l'arc de ses jambes. Instinctivement, la vache se mit à le lécher avec sa langue rêche.
(...)

 
 
Courrier des auteurs (en partenariat avec Fnac.com et lechoixdeslibraires.com)


1) Qui êtes-vous ? !
Je suis la variable issue de l'union de l'émotion avec le verbe.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La mémoire que mes grands-parents ont injectée dans mes veines constitue l'axe central. Ils avaient un bagage émotionnel obérant. La Langue oubliée de Dieu constitue le déversoir de leurs souvenirs que je projette sur le mur du présent. Ils forment le pêne et la gâche de la serrure et il ne me restait qu'à trouver la clé concomitante.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La mémoire est une pute et le passé est son proxénète.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La chanson de Ferré : Avec le temps.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Ma passion pour le mot. La langue française est un geyser qui se singularise par sa malléabilité. Elle est en mutation constante. Je mue en fonction du mot. L'interprétation de chaque mot se fait à l'aune des sensations ressenties.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Ma tête est une salle de rédaction. Les idées foisonnent en tout temps. Je n'accroche mes gants qu'au moment où le plus grand défi jamais lancé à Dieu, à savoir la création, est relevé.
Concrètement, je me verse un whisky, je joue Brel et Ferré à plein volume, j'évoque les fantômes du passé, je chausse la mémoire des autres. Je n'écris pas. J'interprète.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Au détour d'une phrase que je lis dans un roman, d'un flashback inopiné. La brusquerie, n'est-ce pas le propre de l'inspiration, cette secousse psychique ?

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Tout môme, j'écrivais des poèmes en arabe en attendant de bien maîtriser la langue française. Je savais au plus profond de moi qu'un jour viendrait où j'écrirais un roman. La question cependant demeurait : en quelle langue ?

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Nana de Zola, découvert à l'âge de quatorze ans qui, pour surmonter la misère, recourut à la prostitution en passant par le saphisme, pour faire court. Née dans L'Assommoir, je devais suivre le fil rouge sinusoïdal de sa vie.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A dire merde à tout sauf à la littérature.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une place primordiale. La librairie est un antre où vivent en harmonie les disciples multiples de la culture. J'aime m'y laisser fourvoyer le nez en l'air. C'est tout comme pénétrer une stratosphère cosmique où l'on se sent à l'abri de tout et étanche à tout ce qui pourrait nous rappeler notre mortalité.

12) Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
Rien de plus extatique et de jouissif que de toucher un livre, de le feuilleter, de hisser aléatoirement les écluses des mots pour s'abandonner dans les écumes de ses pages. Entre les mains, on ne tient pas uniquement le livre mais bel et bien l'écrivain lui-même. Il devient dès lors notre otage. Il se dévoile. Il se justifie. Il s'explique. Le livre est la boussole de la vie. On n'y perd jamais le nord.

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