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.. Des âmes simples

Couverture du livre Des âmes simples

Date de saisie : 19/05/2017
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. des Equateurs, Sainte-Marguerite-sur-Mer, France
Auteur : Pierre Adrian

Prix : 18.00 €
ISBN : 978-2-84990-470-1
GENCOD : 9782849904701 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 05/01/2017

 
 
4ème de couverture

«Ce qui repousse les caméras m'attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu'on ne voit pas. J'aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles. Au fond des vallées. Cette leçon, je l'apprendrai aux côtés de frère Pierre. En citant saint Paul, il me dira que la véritable sagesse n'est pas celle du monde : «Si quelqu'un pense être sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour être sage».»
Au coeur d'une vallée, aux confins de la France, un homme tient là seul par sa foi. Au plus près des vies minuscules - les bergers et les bêtes, les paumés et les vagabonds célestes -, il accueille les histoires murmurées, les hommes en perdition. Les croyants et ceux qui ne croient pas. Parce qu'«on ne peut plus faire comme si les gens avaient la foi». Pour lui, cela importe peu. Jour et nuit, son portable sonne. Il accourt.
D'une plume taillée à la serpe, Pierre Adrian nous offre un récit éblouissant, à l'écoute des ténèbres et de la désespérance d'une époque.

Né en 1991, Pierre Adrian vit à Paris. Son premier livre, La Piste Pasolini, fut couronné en 2016 du Prix des Deux-Magots et du Prix François-Mauriac de l'Académie française.

«Presque du Victor Hugo ! Magnifique !»
Jean-Marie Rouart, de l'Académie française.
«Au sein d'une rentrée littéraire où chacun cherche à présenter son meilleur profil, Pierre Adrian fait un peu figure d'exception en racontant à mi-voix des histoires modestes, sises dans la torpeur de villages endormis. Un court récit bouleversant et ciselé.»
Christine Ferniot, Télérama
«Le nouveau livre de Pierre Adrian est une réelle bénédiction. Il insuffle un supplément d'âme à la rentrée littéraire de janvier, il donne du style au chaos de nos pauvres vies.» François Aubel, France Culture
«Comment vivre ? Cette question que se posèrent les philosophes, le jeune écrivain l'emporte au loin, dans le silence et la ligne resserrée de la vallée d'Aspe. Il en rapporte un livre profond et grave, qui pèse le poids des peines et des sollicitudes.»
Alice Ferney, Le Figaro
«Un grand coup de coeur ! Un style plein de lumière mais où les ténèbres s'invitent aussi. Un livre qui parle de l'opposition entre le silence, le monde de la sainteté et le tumulte des hommes.»
Christophe Ono-dit-Biot
«Ce qui m'a totalement séduite, c'est l'écriture, la poésie de Pierre Adrian !»
Jessica Nelson, Au Fil des Mots, TF1
«Un récit comme un retour aux sources. Pierre Adrian tend l'oreille au moindre murmure, caisse de résonance des sans-voix.»
Yves Jaéglé, Le Parisien
«Pierre Adrian confirme ses talents d'écriture avec un second récit de voyage remarquable. Avec une prose nette, épurée, recelant de nombreux joyaux, Pierre Adrian trace le contour d'un territoire désenchanté, porteur des failles spirituelles et existentielles de notre époque.»
Estelle Lenartowicz, Lire
«En habit blanc, frère Pierre tient le monastère, roc dans un torrent de misère. Fasciné par ce pilote d'un navire en perdition, Pierre Adrian l'accompagne dans ses tournées incessantes et trouve les mots pour décrire les cimes, les fonds et les tréfonds. Beau et triste comme une messe dans une grande nef vide.»
Frédéric Pages, Le Canard enchaîné
«Faire mieux dans la rentrée littéraire de janvier sera difficile. Somptueux roman de Pierre Adrian entre Bernanos et Pasolini. Âpre, mystique, vrai.»
François Maillot, La Procure

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Passage choisi

Il y a des vies qu'il faut savoir finir. Ce jeu minable d'être quelqu'un. Alors on se lève un matin. Et, avec un peu de volonté, on dit que ce sera le dernier.

Le bourg de Lescun s'éteint dans un dimanche de premier été. La lumière de midi, abominable, laisse place à ces après-midi vides. Déjà le ciel a versé. Quelques nuages stagnent comme de lourds zeppelins. Dans son déclin, le soleil a oublié la vallée. Il s'offre là-haut, aux dernières neiges éternelles. Il roule sur la ligne de crête. Mais de la lumière, la vallée n'a plus qu'une vague idée. Tout se tait. Tournée vers le vide, l'église de Lescun n'a pas sonné les cloches pour l'office. Ce matin, la messe était à Bedous. Alors les toits d'ardoise restent sages et on vit mollement la fin de journée sous leurs poutres. Sept heures du soir. L'heure où les chiens aboient. Jean n'a rien prévu. De sa mort, seule la volonté n'a rien d'improvisé. Et ses blessures. Dernier dimanche du mois, les enfants sont chez lui. En soirée, il devra les raccompagner chez leur mère à Oloron. Elle ne le regarde pas quand il dépose Anne et Thibaut. On ne fait plus attention au facteur qui passe. Et après cette course, il rentrera vers Lescun, lancé sur la nationale 134 qui monte au col du Somport. Il déboulera dans la vallée, torturé par un long cafard. Dimanche soir à vomir. Blues du pauvre.

A l'heure dite, Jean appelle Thibaut, assis sur le canapé. Ses jambes grêles se balancent dans le vide. Dans trois ans peut-être, il aura touché le sol. Thibaut doit éteindre ses jeux vidéo et enfiler son blouson. Anne marche à peine. Jean l'enfouit dans ses pulls et son manteau comme un nouveau-né dans les langes. Les moufles mâchouillées pendent à leur fil. Anne sourit. Elle a compris, et commence à chuchoter «maman, maman...». Papa est ce mot qu'ils ne connaissent pas. L'ingratitude de donner la vie. Les yeux fixés sur sa Gameboy, Thibaut s'installe dans la voiture. Dans les rainures de la banquette arrière, les miettes des goûters s'accumulent. Au sol, paquets de biscuits et bouteilles vides, capuchon d'un vieux biberon. Et bientôt ils danseront entre les portières, ils choqueront. Jean installe Anne dans son fauteuil. La petite se laisse faire, elle bat des pieds. Anne joue même à attraper les cheveux de son frère. Leur sourire est malicieux, papa a oublié d'attacher les ceintures.

Entre chiens et loups. L'expression en vallée est plus valable qu'ailleurs. Non pas que les loups y rôdent toujours en meute. Ils ont depuis longtemps quitté la vallée. Et quelques enfants seulement les voient encore en cauchemar, apeurés par une histoire racontée au coucher. Non, chiens et loups parce que la lumière cernée par la montagne disparaît bien avant la nuit. Les couchers de soleil n'existent pas. En attendant la nuit, on vit dans la pénombre, les rumeurs. On ne tarde jamais trop à fermer ses volets. Les rues sont lâchées aux chiens errants, à la pesanteur de l'air qui passe en poussière. La lumière ne vient plus d'en haut. Elle se promène entre ciel et terre, sur les sommets, cette âpre limite où, justement, la terre essaie en vain de toucher le ciel. La terre est une chienne dévorée par les loups. Sept heures.

 
 
Revue de presse

Jérôme Garcin - L'Obs du 13 avril 2017
Après avoir si bien pérégriné sur les traces rouge sang de Pasolini, le cinéaste de «l'Evangile selon saint Matthieu», Pierre Adrian, se glisse, avec une troublante dévotion, dans les pas de ce moine-abbé qui porte à bout de bras un peuple abîmé et parle en béarnais, même aux animaux. Son récit profane, élargi par des paysages d'une grandiose austérité, a des accents bernanosiens. De la part d'un écrivain et «paumé du nouveau siècle», qui regrette d'appartenir à «la génération Hanouna», ce livre a même des vertus rédemptrices. Il nous dédommage de notre époque.

Xavier Houssin - Le Monde du 23 mars 2017
Des âmes simples, de Pierre Adrian, s'ancre dans les paysages de cette vallée austère qui s'étend jusqu'au Somport, à la frontière de l'Espagne. Une terre reculée, difficile. Etés brûlants et hivers rudes. Il faut avoir l'âme bien chevillée au corps pour y tenir à travers les années. Le jeune écrivain (il a 25 ans), à qui l'on doit La Piste Pasolini (Equateurs, 2015), troublant récit d'un voyage littéraire sur les traces du cinéaste, romancier et poète italien, a posé son sac, un mois de décembre, au monastère de Sarrance, face au col de la Marie-Blanque. Il a partagé le quotidien du frère Pierre, curé de campagne des douze communes et des dix-sept églises de la vallée d'Aspe, et moine prémontré, seul de sa communauté, dans son prieuré de montagne...
Cinquante années d'apostolat et d'office divin. Et Pierre Adrian de chercher à «comprendre comment un homme seul tient ici par sa foi. Pourquoi la souffrance passe en lui comme une timide avalanche sur le dos cabré d'une montagne». Des âmes simples est un livre magnifique qui bouscule doucement nos lassitudes et notre indifférence. Parce qu'il parle d'espérance et de vocation. De parole, de vérité. De l'engagement et des temps incertains...
Qui connaît encore cette «France du dedans», et ces gens d'autrefois, ou ces gens d'à côté. S'il n'y avait un monastère, s'il n'y avait un curé déjà un peu âgé. Des lustres qu'on les aurait abandonnés à leurs spectres. Et à leurs vautours.

Marianne Payot - L'Express, février 2017
A travers le récit d'une retraite au fin fond des Pyrénées, le jeune Pierre Adrian raconte un monde oublié. Eclairant. Il y a là les pèlerins qui fourmillent l'été vers Saint-Jacques-de-Compostelle et d'autres qui font une halte au cours d'une vie bousillée. Et puis ceux qui restent : les retraités, Albert le vieux prêtre, Xavier l'ouvrier, Alain le routard. Au centre du tableau, le lumineux frère Pierre, curé de la vallée d'Aspe depuis cinquante ans. C'est pour lui que "l'étranger" a décidé de revenir, en hiver, passer quelques semaines au monastère de Sarrance.

Christine Ferniot - Télérama du 1er février 2017
Ce deuxième livre de Pierre Adrian - 25 ans et lauréat, l'an dernier, du prix des Deux Magots et du prix François-Mauriac pour La Piste Pasolini - n'est ni un poème ni un guide spirituel, mais un court récit bouleversant et ciselé. En compagnie du frère Pierre, on y prend le temps de cheminer par les sentiers, on y prend goût au silence. Parfois, explique Pierre Adrian, la lumière vient d'un seul homme qui parle de miséricorde - un drôle de mot, si peu usité...

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