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.. Le chant du signe : aventures et mésaventures de nos interprétations quotidiennes

Couverture du livre Le chant du signe : aventures et mésaventures de nos interprétations quotidiennes

Date de saisie : 08/03/2017
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Odile Jacob, Paris, France
Auteur : Lionel Naccache

Prix : 22.90 €
ISBN : 978-2-7381-3529-2
GENCOD : 9782738135292 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

Les signes symboliques qui nous entourent ont été conçus pour éveiller en nous une signification absolument claire, univoque, indiscutable : un feu rouge, le sigle W.-C., la croix verte de la pharmacie, les petits rectangles de batterie de nos téléphones portables...
Une grande partie de nos collisions avec ces signes répondent aux attentes de la signalétique : le signe nous indique avec fermeté le sens qu'il nous faut suivre, celui de la direction comme celui de la signification. Et nous nous conformons, docilement et sans même y penser, à son injonction. Parfois, pourtant, un «accident de signalisation» se produit... Nous interprétons le signe de manière erronée !
Comment expliquer ces accidents dont il nous arrive à tous de faire l'expérience dans notre vie quotidienne ? Que nous révèlent-ils sur la manière dont notre esprit/cerveau fonctionne, perçoit, interprète, comprend le monde qui l'entoure ? Et en quoi, surtout, sont-ils de précieux révélateurs de la personne que nous sommes vraiment et de la liberté qui est, heureusement, encore à notre portée ?

Lionel Naccache est neurologue et chercheur en neurosciences cognitives à l'ICM (Institut du cerveau et de la moelle épinière) de la Salpêtrière, professeur de médecine à l'université Paris-VI et membre du Comité consultatif national d'éthique. Il a notamment publié Le Nouvel Inconscient, Perdons-nous connaissance ?, Un sujet en soi et, plus récemment, L'Homme réseau-nable, ouvrages qui ont tous été de grands succès.

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Passage choisi

En signe d'ouverture

Les signes symboliques qui nous entourent ont été conçus pour éveiller en nous une interprétation absolument claire, univoque et indiscutable de leur signification : un feu vert, un feu rouge, un panneau stop, le sigle W.-C, le M doublement cerclé du métro parisien, la croix verte de la pharmacie, les petits rectangles verticaux de nos téléphones portables... Aussitôt perçus, nous voyons bien ce qu'ils veulent dire. Au sens propre comme au sens figuré du verbe voir. C'est d'ailleurs tout le génie de la signalétique que d'inventer des signes susceptibles de faire coïncider presque automatiquement toutes les interprétations qu'ils suscitent vers un contenu mental identique. Un peu comme un conteur qui sait faire naître simultanément une même émotion dans l'esprit de chacun de ses auditeurs. Le signe parfait et le conteur génial exercent ainsi tous deux une certaine forme de tyrannie sur la scène de notre vie mentale. Souvent, cette tyrannie opère pour notre plus grand bien. Ainsi, les mille et une dernières fois où j'ai croisé un feu rouge, j'ai compris exactement la même chose, et j'ai sagement freiné et arrêté ma voiture jusqu'à ce que le signe me fasse signe d'avancer.
En réalité, ce conformisme mental face aux signes masque la mise en branle systématique d'une machinerie psychologique et cérébrale complexe, qui procède assez largement à notre insu, et qui préside à notre intelligence du monde et de nous-mêmes. Les produits de cette mécanique interprétative sont tout d'abord générés de manière inconsciente, puis ils accèdent en moins d'une demi-seconde à notre conscience, estampillés d'une signification très claire pour les sujets que nous sommes : c'est un feu vert, les W.-C. sont au fond à droite, je n'ai plus accès au réseau sur mon téléphone portable... Le sens du signe s'offre à la conscience dans la rapidité d'un clin d'oeil et sans requérir le moindre effort de notre part. Il s'agit d'un processus mental dépourvu d'«agentivité» : nous ne sommes pas les agents volontaires de ce travail interprétatif. Cette absence d'agentivité, conjuguée à la très grande stéréotypie des interprétations engendrées par un même signe, tend à nous faire penser que ces dernières ne remplissent qu'une stricte fonction d'analyse «objective» du monde extérieur, et qu'elles sont étrangères à tout ce qui relève de notre vie mentale intérieure : nos raisonnements, nos valeurs, nos attentes, nos rêveries, nos croyances, nos désirs, nos représentations de nous-mêmes, la narration subjective de notre vie...
L'interprétation d'un signe procéderait donc d'une manière automatique, froide et objective, et elle ne dépendrait en rien de l'état de cet univers subjectif que nous habitons et qui nous caractérise. Il est d'ailleurs exact que les données immédiates de l'introspection de nos rencontres avec les signes ne donnent à voir, en règle générale, que des interprétations fermées qui se répètent à l'identique indéfiniment, quel que soit notre état subjectif : je suis au désespoir, le feu est rouge ; c'est le plus beau jour de ma vie, le feu est rouge ; le feu est rouge, le feu est rouge, le feu est rouge... Notre intuition naïve nous conduit ainsi à penser et surtout croire que deux grands types d'objets distincts, et étanches les uns aux autres, coexisteraient sur la scène de notre conscience : d'une part, ceux qui, chers à nos yeux, nous parleraient sur un mode existentiel du sujet que nous sommes et, d'autre part, ceux qui nous renseigneraient de manière strictement fonctionnelle sur le monde extérieur. Il ne nous viendrait guère à l'idée de songer que l'interprétation du signe puisse dépendre de notre subjectivité qui est déjà suffisamment occupée à produire en temps réel le précieux récit de notre existence.
(...)

 
 
Revue de presse

Roger-Pol Droit - Le Monde du 26 janvier 2017
Croix verte, la pharmacie. Feu rouge, l'arrêt. Feu vert, le départ. Croix rouge, l'ambulance. Et ainsi de suite... Toute la journée, heure par heure, nous nous trouvons téléguidés par quantité de signes, symboles, icônes, émoticônes et compagnie...
Loin de nous comporter comme de simples automates appliquant des consignes, nous inventons en fait les significations des signalétiques quotidiennes auxquelles nous croyons obéir de manière passive et irréfléchie. Cette construction permanente n'est jamais totalement identique pour tous. Au contraire, elle dépend de l'histoire de chacun, de l'inconscient individuel. Freud n'a rien d'incompatible avec les découvertes des sciences cognitives. Entre psychanalyse et neurosciences, Lionel Naccache continue ainsi à construire des ponts. Ou des passerelles.

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