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.. La distance de fuite

Couverture du livre La distance de fuite

Date de saisie : 28/02/2017
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Zoé, Carouge, Suisse
Auteur : Catherine Safonoff

Prix : 18.50 €
ISBN : 978-2-88927-385-0
GENCOD : 9782889273850 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

L'expression la distance de fuite vient de l'étude des animaux. Distance ici désigne l'espace protecteur que veille à garder autour de lui l'animal dont la seule défense est la vitesse de sa course.
L'expression m'a frappée comme image poétique touchant également les rapports humains : eux aussi sont faits de distance relative, de recherche du meilleur lien possible, proche ou lointain.
Ce livre ne fait pas tant l'éloge de la fuite que du refuge qui l'oriente : les cabanes de l'enfance, un jardin, le bord d'un lac, un regard ami, une chambre à soi, la lecture.
Le titre n'est donc pas de mon invention. Il m'a paru traduire la double idée de fuite et de refuge. Si l'écriture a quelque chose d'un mouvement de fuite, en même temps elle cherche à rejoindre ce lieu d'intime hospitalité, un livre : écrite, la distance deviendra peut-être lien.
C. S.

Catherine Safonoff, née à Genève, est l'auteur de huit romans et de deux recueils de nouvelles. Elle a reçu de nombreux prix littéraires, dont le Prix fédéral de littérature en 2012 pour Le Mineur et le Canari (Zoé) et le Grand Prix Ramuz en 2015 pour l'ensemble de son oeuvre.

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Passage choisi

Été

Aujourd'hui il est de nouveau question des visites de Léon. Un temps, il s'annonçait par téléphone, maintenant simplement il passe. Une semaine est l'intervalle le plus court, une douzaine de jours, le plus long. Longtemps je ne me suis rien demandé sur les intentions de mon visiteur. Maintenant je suis persuadée non seulement qu'il en a, mais qu'il va me les dire. Monsieur Z. ne prend pas très au sérieux le cas que je fais de ces visites. D'après lui, Léon n'a pas de motif particulier de venir chez moi, sauf de passer un moment en ma compagnie. C'est vrai que si je le reçois, c'est que d'une manière ou d'une autre je le veux bien - ou que je le dois. Je ne suis pas une hôtesse très accueillante, mais j'ouvre ma porte. D'ailleurs si je ne l'ouvre pas, Léon entre de lui-même. Son jour varie mais l'heure est la même, autour de seize heures, dans le creux de l'après-midi. Quand je suis à la maison, je suis en train de lire. Il ne pense pas me déranger, peut-être au contraire, comme si la lecture était pour lui signe de désoeuvrement, de solitude. Je pousse les livres de côté et je lui verse un verre de cognac, toujours dans le même verre à bord doré, puis nous parlons de la pluie et du beau temps.
A mon sentiment, il y aurait d'autres choses à dire. Je ne bois pas de cognac, Léon a sa bouteille personnelle dans le buffet, détail qui amuse Monsieur Z. et me fait me voir en tenancière de bar, pas mécontente qu'arrive son habitué de seize heures. Je ne tiens aucun bar et j'aimerais que Léon me dise pourquoi il continue de venir chez moi. Ces visites banales sont étranges au fond. Mais le fond reste au fond. Léon sait une chose, c'est que je crains le silence. Il peut compter sur moi, je ne laisserai pas, je ne laisserai plus jamais un lourd silence s'installer entre nous.
C'est comme ici, dis-je, nous parlons vous et moi. Je regarde Z. dans les yeux. Mais pas que de la pluie et du beau temps, j'espère. Il n'empêche qu'il y a une symétrie, vous et moi dans ce bureau, Léon et moi dans ma cuisine... Z. a des yeux couleur café, variant du fauve au marron foncé. Léon avait les yeux bleus, il les a toujours bleus, mais j'évite de le regarder dans les yeux. De peur d'y lire - je m'interromps. Le regard de Z. s'est fait aigu.
De peur d'y lire toujours les mêmes choses étouffées. L'autre jour j'ai regardé une seconde les yeux de Léon, il regardait ailleurs, et j'y ai vu une expression de tristesse et de cruauté, les deux à la fois, c'était frappant. La couleur bleue s'est diluée, autrefois c'était un bleu dru. A la cuisine, dans l'ancienne cuisine, il y avait une grosse armoire campagnarde vert sombre avec une frise rouge foncé, des roses, et une inscription gothique en noir. Je revois Léon debout devant la masse de l'armoire, son regard fixe comme deux pierres bleues. Il ne disait rien. Je parlais pour deux, je parlais pour dix, je parlais toute seule. Puis je me suis tue moi aussi. Mais Léon ne s'est pas mis à parler. Alors je suis partie. Il vient chez moi pour me dire qu'il n'y a jamais eu de querelle. Il ne le dit pas.
(...)

 
 
Revue de presse

Eric Loret - Le Monde du 9 février 2017
Un des grands plaisirs du texte, pour l'écrivaine, on le voit, est d'y faire entrer et sortir qui elle veut et comme elle le veut - y compris Léon qui a la clé de chez elle, vu qu'il est propriétaire de la maison. Parmi tous les gens qui traversent La Distance de fuite, il y a des écrivains amis tels que Pascal Quignard (à qui le livre doit son titre) ou Annie Ernaux, et de plus ennuyeux, comme Foucault, auquel l'auteure dit ne rien comprendre, ou Montaigne, qui pâlit devant Giono, écrit-elle, quand il s'agit de résumer l'existence : «Aimer, vivre ou craindre c'est une question de mémoire» (Les Grands Chemins, Gallimard, 1951). Il y a aussi des inconnus abordés dans la rue, qu'elle espère faire participer à son récit, mais dont une bévue, un mot prononcé de trop - ironiquement - la sépare...
Mais parmi toutes les personnes qui sillonnent La Distance de fuite, il y a surtout nous, lecteurs, qui sommes invités à remonter cette mémoire en colimaçon, qui, en revenant à la première page, la comprenons tout différemment de la première fois et qui, au fur et à mesure que le texte nous accueille, sommes mieux pénétrés de son effet poétique : nous faire sentir «combien les objets usuels se donnent de la peine pour que je comprenne la minuscule partie de l'univers qui m'est allouée».

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