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.. La nuit : vivre sans témoin

Couverture du livre La nuit : vivre sans témoin

Date de saisie : 13/03/2017
Genre : Philosophie
Editeur : Autrement, Paris, France
Auteur : Michaël Foessel

Prix : 14.90 €
ISBN : 978-2-7467-4473-8
GENCOD : 9782746744738 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

«La nuit, les hommes veillent pour ne plus être surveillés.»

Ambivalente, la nuit attire et rebute à la fois, et par ses visages multiples, elle abrite des expériences proprement philosophiques : point de départ, limite (et parfois menace) de la pensée, le savoir nocturne prémunit aussi contre les lumières trop crues et les lucidités prématurées. Intime et sensible, elle ouvre un espace pour vivre sans témoin.
Contre l'idéologie de la transparence, les dispositifs de l'open space et du néon, le texte de Michael Foessel décline la nuit des philosophes : «Vérité et lumière», «Réhabilitation de l'insomnie», «L'espace public contre la nuit ?», «L'expérience nocturne», «Ne plus rien y voir», «Le crépuscule : fin ou nouveau commencement ?», «Démocratiser la nuit», «La peur et l'obscurité» et «Apologie du somnambulisme».

La nuit est une nouvelle et formidable intuition du monde contemporain dans la collection «Les Grands mots.»

Né en 1974, agrégé et normalien, Michael Foessel est élu en 2013 professeur de philosophie à l'École polytechnique, succédant ainsi à Alain Finkielkraut. Conseiller à la rédaction de la revue Esprit, il dirige, avec Jean-Claude Monod, la collection «L'Ordre philosophique» au Seuil. Il est notamment l'auteur d'Après la fin du monde (Seuil, 2013) et du Temps de la consolation (Seuil, 2015).

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Passage choisi

Prélude

Les «étoiles consentantes»

Souvent je me demande ce que je fais encore là. Seul ou entouré, dans le noir ou baigné par des lumières artificielles, dans une rue obscure ou aux abords d'une piste de danse, la même question : «Qui suis-je, moi qui veille ?»
Dès l'instant où cette question se pose, je sais que la nuit est terminée. L'expérience nocturne est étrangère à une réflexion qui prétend ressaisir le moi dans sa souveraineté. Lorsque je me demande pourquoi je suis resté si tard, j'imagine en effet que je pourrais être ailleurs. Par exemple, dans un sommeil qui me protégerait de cette fatigue qu'il faudra traîner tout au long du jour. Puisque je pourrais dormir, je le devrais sans doute, plutôt que d'habiter ce corps en éveil qui me retranche du peuple des endormis. Comme souvent, la question «Qui suis-je ?» a des relents de morale. «À quatre heures du matin, écrit Sébastien Mercier, il n'y a que le brigand et le poète qui veillent», autant dire des individus qui ont intérêt à l'anonymat. Mais moi qui ne suis ni brigand ni poète, je n'ai aucune raison d'être resté si tard. Exclu du sommeil du juste, j'ai sans doute quelque chose à me reprocher. À commencer par le fait d'être encore éveillé quand tout (mes forces déclinantes, les impératifs du lendemain, le vide qui commence à se faire autour de moi) m'incite à déserter la nuit.
Lorsque je me demande ce que je fais là, il est trop tard : ce «là», coeur de la nuit ou petit matin, je le vois déjà avec les yeux du jour. J'ai oublié, alors, ce qui m'a mené à la nuit pour ne retenir que ce que me coûtera le fait d'être resté en éveil. Les heures passées dans l'obscur, je les comptabilise car il faudra les récupérer d'une manière ou d'une autre. Des corps qui demeurent auprès de moi si tard, je ne vois plus que les faiblesses, les gestes fatigués et le désarroi. Moi-même, qui un instant auparavant jouissais de mon endurance, je m'estime inconscient d'être resté éveillé si tard. Bref, au moment d'éteindre la lumière ou de rentrer, je compte, je compare et je juge. Rattrapé par l'heure, mon plaisir orgueilleux d'être présent à la nuit se transforme en malaise. Je me mets à réfléchir au temps passé dans des termes qui le condamnent à être du temps perdu. Sans prévenir, ma nuit est devenue «blanche».
Ce livre traite de la vérité qui précède cet instant fatidique. Avant l'heure des comptes et des regrets, il y eut en effet un temps de la nuit dénué de ce genre de réflexions. Dans ce temps sans calcul ni comparaison, je ne me demande pas ce que je fais encore là, mais je désire au contraire que la nuit ne se termine jamais. S'il s'agit d'une nuit d'insomnie, je souhaite bien sûr l'abolition de ma veille dans le sommeil. Mais je crains plus encore l'advenue du jour avec ses exigences démesurées. En ce sens, je quémande des heures nocturnes supplémentaires : je voudrais que le temps se fige et que la nuit ne s'arrête pas. C'est plus vrai encore d'une nuit de noctambule où toute mon expérience repose sur le postulat de l'absence de lendemain. Non que je craigne l'arrivée du jour, comme dans l'insomnie, mais je ne l'imagine même pas pour cette raison que rien ne l'annonce. Il arrive du reste qu'une nuit de fête ou de palabres se prolonge en plein jour, à la plus grande surprise des participants qui découvrent un soleil déjà levé. Dans ce genre de situations, le partage naturel entre le clair et l'obscur est suspendu. La nuit semble pouvoir durer indéfiniment.
(...)

 
 
Revue de presse

Laurent Etre - L'Humanité du 9 mars 2017
Dans La Nuit. Vivre sans témoin, le philosophe Michaël Foessel invite à reconvoquer les « indistinctions nocturnes » contre les pressions du jour. Un discours plus politique qu'il n'y paraît...
D'une plume sensible, prompte à saisir la densité humaine d'expériences qu'on aurait pu croire, à tort, anodines, il interroge les ressorts de « l'insomniaque qui ne veut pas dormir » comme du « noctambule qui lâche les amarres ». Crainte du jour à venir, avec ses normes sociales, sa course à l'efficacité  ? Ou indifférence, précisément, à cette pression du lendemain  ?...
Au fond, ce n'est pas un plaidoyer pour la vie après le coucher du soleil qui nous est ici proposé, mais plutôt une invitation à cultiver un certain art de l'éclipse, synonyme de liberté, au coeur de nos journées.

Eric Aeschimann - L'Obs du 2 mars 2017
Sortir en boîte, est-ce une expérience philosophique ? Et marcher dans la ville endormie ? Oui, répond Michaël Foessel, philosophe et noctambule...
Pourtant, sa réflexion ne le conduit pas vers la nuit comme activité commerciale ou animation culturelle. Au contraire : sous sa plume, sortir le soir est d'abord une expérience intime d'ordre métaphysique. «Souvent, je me demande ce que je fais encore, écrit-il aux premières lignes. Seul ou entouré, dans le noir ou baigné par des lumières artificielles, dans une rue obscure ou aux abords d'une piste de danse, la même question : «Qui suis-je, moi qui veille ?»»...
Penseur engagé, il défend une conception politique de la nuit. «La nuit est un lieu propice aux expériences égalitaires», écrit-il, se référant notamment au grand texte de Jacques Rancière sur «la Nuit des prolétaires»...
«La nuit, les hommes veillent pour ne plus être surveillés», écrit Foessel. Le jour où la nuit aura disparu, il ne restera plus que la surveillance.

Juliette Cerf - Télérama du 15 février 2017
Dans son dernier essai, La Nuit. Vivre sans témoin, le jeune penseur noctambule, né en 1974, habitué, comme ses frères insomniaques, aux mauvaises nuits, cherche plutôt à faire de la pénombre un événement de pensée à part entière. A envelopper la nuit d'un regard philosophique, politique et existentiel, en acceptant de se laisser envelopper par elle, d'y consentir comme l'avait bien compris le poète Jules Supervielle : «Par toi nous devenons des étoiles consentantes»... Devenir hibou pour percer la nuit, c'est comprendre ce qu'elle fait à l'équilibre du jour..

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