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.. Camille Laurens, le kaléidoscope d'une écriture hantée

Couverture du livre Camille Laurens, le kaléidoscope d'une écriture hantée

Date de saisie : 20/03/2017
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, France
Auteur : Jutta Fortin

Prix : 25.00 €
ISBN : 9782757415825
GENCOD : 9782757415825 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 10/03/2017

 
 
4ème de couverture

Jutta Fortin enseigne la littérature française et italienne à l'Université devienne. Sa recherche, financée par le Fonds autrichien pour la science, porte sur le récit contemporain, notamment l'imaginaire spectral, les relations intertextuelles et intersémiotiques et la lecture psychanalytique. Elle est membre du CIERECEA n° 3068.

Le spectre de la «mère morte», une mère physiquement présente mais émotionnellement absente, hante l'oeuvre de Camille Laurens. Cette hantise laisse ses traces dans l'écriture romanesque de Camille Laurens, qu'on pourrait décrire comme un kaléidoscope : à chaque secousse, les mêmes thématiques, motifs et images obsessionnels forment une nouvelle figure. Les références intertextuelles (aux textes littéraires et mythiques, contes, paroles de chansons) et intersémiotiques (aux films, photographies, oeuvres d'art), contenues dans les romans, sont autant de fragments du kaléidoscope imaginaire de l'auteure, qui éclairent, tout en les réfléchissant, les fragments d'histoires énigmatiques.
L'apport d'André Green est crucial pour étudier les rapports entre la présence textuelle d'enfants morts et le rôle de la mère à la fois vivifiante et mortifère. Il s'agit d'examiner la façon dont la romancière s'empare du concept de la «mère morte», qui se répercute dans son oeuvre, pour en construire un mythe personnel.

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Passage choisi

Extrait de l'introduction

L'oeuvre de Camille Laurens, dès son début avec Index (1991), est hantée par la figure de mère, et notamment par le spectre de la «mère morte». Nous poserons d'emblée que le spectre aussi fascinant que menaçant de la «mère morte» réfère non seulement à l'angoisse enfantine d'être abandonné par sa mère, mais également à celle de l'adulte d'être déçu encore en se liant d'amour à quelqu'un d'autre. Cette hantise laisse ses traces dans l'écriture romanesque de Camille Laurens, qu'on pourrait décrire comme un kaléidoscope : à chaque secousse, les mêmes thématiques, images et intertextes obsessionnels forment une nouvelle image. Un autre fantôme, qui ne cesse de revenir dans cette oeuvre, est celui de Philippe, l'enfant de l'auteure décédé à la naissance. Notre propos est d'étudier les rapports entre le retour insistant de l'enfant mort et le rôle essentiel de la mère à la fois vivifiante et mortifère, qui se disent par le biais d'un imaginaire très riche de la spectralité.
Le kaléidoscope (du grec kalos : beau, eidos : image et skopein : regarder) est un instrument tubulaire contenant un jeu de miroirs et des fragments de verre mobiles, diversement découpés et colorés, produisant des figures qui varient à chaque secousse reçue par l'appareil. Cet instrument optique est d'abord un jouet pour enfants : l'observateur regarde d'un côté du tube ; la lumière entre de l'autre et, se réfléchissant sur les miroirs, produit d'infinies combinaisons de jolies figures. L'image du kaléidoscope renvoie métaphoriquement à la manière de travailler de Camille Laurens, qui consiste à créer de nouveaux textes en recourant toujours aux mêmes fragments d'histoire, en agençant et ré-agençant des motifs, voire des scénarios narratifs récurrents. Dans la mesure où le kaléidoscope possède un nombre restreint d'éléments dans un espace clos, permettant pourtant la production d'un nombre infini de figures, il symbolise l'imaginaire de la romancière. Les éléments du kaléidoscope du roman, tels les éléments du mythe, sont aussi puissants que flexibles. L'écriture littéraire les modifie et les recombine, certes, mais ils résistent dans le texte, toujours reconnaissables à travers les motifs obsessionnels (le coup de foudre amoureuse, la défaillance de l'amour, l'abandon de l'enfant, la tromperie, l'arbitraire du serment d'amour, l'impossibilité de communication, l'interdiction de la parole), qui sous-tendent l'oeuvre.
En 2003, à l'occasion de la parution de L'Amour, roman, Camille Laurens convoque elle-même la métaphore du kaléidoscope pour parler de sa conception de la littérature : «C'est une question d'angle, une photo que l'on prendrait à différents moments de la journée, un kaléidoscope. Je suis persuadée qu'on écrit toujours le même livre. La littérature n'est pas une question de sujet.» Elle se réfère de nouveau au kaléidoscope pour expliquer son mode d'écrire lors d'un entretien accordé à Philippe Savary du Matricule des anges : «L'image du kaléidoscope est très présente. Ce sont toujours les mêmes éclats, les mêmes fragments (qui sont aussi des fragments de vie), mais en tournant un peu, ça produit une autre figure.» Il s'agit essentiellement de l'échec du mariage des parents, de la trahison du père par son épouse, de la relation adultère épanouie de la mère. Cela évoque la situation de la «mère morte», décrite par le psychanalyste André Green, où l'enjeu n'est pas l'absence physique de la mère, mais la présence d'une mère indisponible, émotionnellement absente. Dans l'oeuvre romanesque de Camille Laurens, la «mère morte» est d'abord la mère infidèle au père, absorbée par son amour extraconjugal ; puis, à partir de Dans ces bras-là (2000, Prix Femina et Prix Renaudot des lycéens), cette mère est identifiée rétrospectivement à une mère déprimée, absorbée par le deuil de sa troisième fille, morte à la naissance. L'identité des deux figures maternelles est évidente, puisque, selon la réalité psychique enfantine adoptée par les narratrices de Camille Laurens, la perte de son enfant est d'autant plus douloureuse pour la mère qu'il s'agit de l'enfant de son amant idéalisé. Le lien profond entre la «mère morte» et la présence fantomatique de Philippe dans l'oeuvre de Camille Laurens est là : la mort de la petite soeur anticipe de manière étrangement inquiétante le décès de Philippe et explique le soudain désinvestissement maternel, tout en jumelant la mère de Philippe et sa propre mère.

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