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.. Béni soit l'exil ! : propos d'un éditeur engagé : entretiens avec Gérard Conio

Couverture du livre Béni soit l'exil ! : propos d'un éditeur engagé : entretiens avec Gérard Conio

Date de saisie : 20/03/2017
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France | l'Age d'homme, Lausanne, Suisse
Auteur : Vladimir Dimitrijevic
Préface : Gérard Conio

Prix : 18.00 €
ISBN : 9782940523535
GENCOD : 9782940523535 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

Béni soit l'exil ! Un titre énigmatique pour un livre-confession retraçant le parcours de Vladimir Dimitrijević (1934-2011), fondateur des éditions L'Âge d'Homme, passeur de culture et, avant tout, homme engagé et visionnaire. De 1996 à 2011, année de sa mort accidentelle, Vladimir Dimitrijević et Gérard Conio ont eu de longs entretiens qu'ils ont décidé d'enregistrer. Leurs discussions à bâtons rompus portaient sur le coeur de leur métier et de leur vie, la littérature, mais aussi sur la vision du monde très particulière de Vladimir Dimitrijević.
Fuyant la Yougoslavie communiste, Vladimir Dimitrijević arrive en Suisse en 1954. Après avoir été ouvrier d'usine puis libraire, il fonde en 1966 les éditions L'Âge d'Homme. Ses premières publications dessineront la colonne vertébrale de son métier d'éditeur : Aimé Pache, peintre Vaudois de Charles-Ferdinand Ramuz, et Pétersbourg d'Andreï Biely. Orient et Occident, racines et avant-garde.
Ces entretiens abordent des sujets aussi variés que le phénomène communiste, la crise de la société occidentale, le rôle fondamental du livre dans le combat pour la liberté. Grâce à sa vision du métier d'éditeur, nourri à la source vivifiante de la littérature universelle, Vladimir Dimitrijević a offert aux lecteurs une vision radicalement différente, voire révolutionnaire, de l'écriture, développant une pensée condensée que Gérard Conio, par ses questions et ses réflexions, a permis de formuler.
Bien plus qu'un livre d'entretiens, Béni soit l'exil ! est un témoignage sur l'oeuvre des écrivains publiés par Vladimir Dimitrijević (Alexandre Zinoviev, Milos Tsernianski, Paul Florensky, Vladimir Volkoff, Georges Haldas, Stanislaw Witkiewicz, Ivan Gontcharov et tant d'autres), sur la représentation des chimères du monde contemporain, sur les engagements d'un homme qui, se consacrant corps et âme au métier littéraire, a marqué par son univers riche et multiple des générations de lecteurs en leur faisant découvrir le vaste archipel de la littérature slave et de l'orthodoxie.

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Passage choisi

Une journée avec Vladimir Dimitrijević

Gérard Conio

Pendant près de quarante ans, j'ai eu avec Vladimir Dimitrijević des conversations. Un beau jour, nous avons décidé de nous enregistrer, cela n'a pas été un grand succès car nous étions l'un et l'autre plus soucieux de vivre ensemble un moment d'échange et d'amitié que de veiller à la qualité de la reproduction. Vladimir voulait intituler ces entretiens Béni soit l'exil ! Ils paraîtront peut-être un jour. Le 27 juin sera le jour anniversaire de sa mort dans un accident de la route. J'ai retrouvé dans mes archives le récit d'une journée passée avec lui. Je reproduis ici cette page avec une pensée amicale pour tous ceux qui l'ont connu et aimé.

11 novembre 2000

Rencontre avec Vladimir. J'arrive vers 11 h 30 à L'Âge d'Homme. Bizarrement, je trouve la porte fermée, alors que son camion est en stationnement et que je vois même ses affaires à l'intérieur.
Je décide d'aller voir s'il n'est pas au café. Je vais au bistrot du coin où je ne vois pas Vladimir. Je retourne à L'Âge d'Homme. La porte est ouverte et je vois Vladimir assis dans la pénombre, un livre entre les mains. Je lui demande depuis quand il est là, il me répond qu'il n'a pas bougé. Ai-je eu la berlue, quand j'ai tourné la poignée ? Nous allons au café. En chemin nous parlons de Witkiewicz et de Zinoviev. Ils appartiennent à des périodes différentes. Witkiewicz montre la fin d'une époque, celle des individus. Il montre dans L'Inassouvissement comment les gens deviennent des fantômes. L'obsession des habits-déguisements traduit la disparition des visages sous les masques et indique la perte de la personnalité sous l'effet du nivelage social. Vladimir cite Caraco qui sur les Champs-Élysées voyait un défilé de spectres déguisés. Le monde de Witkiewicz est un monde éclaté, et cet éclatement précède le nivelage. Zinoviev est le peintre des fonctions, dans un monde où il ne peut plus y avoir de personnages.
Je lui fais part de mon choix de traduire jytchiowy poglond par «un point de vue existentiel», il est d'accord. Je lui parle ensuite du film sur Fassbinder que j'ai vu hier soir sur Arte. Il s'ensuit des considérations sur le démonisme artistique, sur le lien entre l'art et le pouvoir. Fassbinder et Hitler. Puis nous dérivons sur tous les grands hommes du XIXe siècle qui se sont voulus des antéchrists, de Hegel à Nietzsche. Il est fasciné par Wagner qu'il n'aime pas, car il exalte un monde païen en singeant la mystique chrétienne. Dans les opéras de Wagner, peu importe si on comprend ou non le sens, l'histoire, on est immédiatement happé, hypnotisé par le «bruit de fond», la houle. Je lui dis que c'est la voix profonde, terrienne, de Gaïa, la déesse mère, chtonienne, qui inspire la force régressive, archaïque de l'art dont parle Eisenstein. Ceci l'amène à parler des dieux de la Grèce que tout le XIXe siècle a voulu imiter. La fausse mythologie est à ses yeux à l'origine de la décadence (le plaisir, la permission). Il aborde l'un de ses thèmes favoris, «l'ouverture de la chasse» (Dominique de Roux). Beaucoup sont des Nietzsche, des Witkiewicz en puissance, mais peu ont l'audace de se donner la permission, d'ouvrir la chasse, c'est le moment où ils dérapent. Suit une digression époustouflante sur la révolution française qui n'a pas été faite par le peuple, mais par une clique de bourgeois pervers. C'est la conjonction d'un certain nombre de personnages inouïs qui a fait la révolution : Danton, Robespierre, Marat, Desmoulins, le tribun bègue ; Fouquier-Tinville, Couthon, Saint-Just... La révolution comme théâtre. Il en est de même de la révolution russe. Toute histoire est fiction, mais l'important n'est pas le vrai ou le faux, c'est la force avec laquelle on fait croire les choses. Le passage de ces révolutions aux révolutions contemporaines est celui de la tragédie au drame bourgeois. Il y a une banalisation du mal.
(...)

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