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.. Epicure : la voix de la nature

Couverture du livre Epicure : la voix de la nature

Date de saisie : 25/04/2017
Genre : Philosophie
Editeur : Entrelacs, Paris, France
Auteur : Renée Koch Piettre

Prix : 16.00 €
ISBN : 9791090174450
GENCOD : 9791090174450 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

La sagesse d'Épicure a la prétention d'être l'expression directe de la nature. L'étude attentive des fondements du monde physique suffit à réaliser un but éthique et pratique : bâtir la vie heureuse dans une communauté ouverte et bienveillante. Les épicuriens philosophent ensemble pour discerner le plaisir à accueillir et les maux à rejeter, et par là atteindre un bonheur digne d'un dieu, à la portée de chacun. Leur sagesse traduit le «cri de la chair» ou, selon Lucrèce, un «aboiement de la nature» qui «ne réclame rien d'autre que de ne pas avoir mal et de jouir d'un plaisir libéré du souci et de la crainte».

Renée Koch Piettre helléniste, est directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études. Ses travaux associent l'histoire comparée des religions et celle de la pensée. Elle a publié en 2005 un ouvrage de référence sur l'épicurisme antique, Comment peut-on être dieu ? La secte d'Épicure (Belin, coll. «L'Antiquité au présent»).

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Passage choisi

Extrait de l'introduction

Étrange destinée que celle de l'oeuvre et de la pensée d'Épicure. Décrié dès son vivant par un disciple renégat qui multiplia les médisances, célébré comme un dieu par ses disciples durant plus de cinq cents ans, oublié au long de plus d'un millénaire où son nom n'évoquait que la pire impiété, redécouvert à la Renaissance, avec l'ouvrage de Diogène Laërce sur les vies des philosophes de la Grèce et avec le poème de Lucrèce, par des humanistes qui ne pouvaient le publier qu'en s'excusant, chaleureusement défendu par Gassendi et les «libertins» rationalistes au XVIIe siècle, salué par Marx comme l'un des premiers matérialistes, par les physiciens pour ses intuitions géniales sur la structure de la matière et de l'univers, par des auteurs chrétiens tel André-Jean Festugière comme un pionnier d'une morale et d'une religion intériorisées et par les hédonistes contemporains comme un chantre de la jouissance sans entrave à la barbe des moralistes et culs-bénits, cet homme, quel fut-il donc ? Quelle fut sa doctrine, quelle fut sa sagesse qui suscita une si contradictoire réception ?
La qualification d'apikouros fut l'une des pires injures dans le judaïsme. Le plaisir défini comme souverain bien faisait scandale parmi les écoles philosophiques concurrentes du Jardin, et les gens sérieux ou moins sérieux s'en moquaient comme s'il invitait à une vie de pourceau, de glouton ou de débauché. Dante place Épicure avec les hérésiarques au sixième cercle de l'enfer pour avoir cru que l'âme mourait avec le corps. La grande philosophie tient toujours sa pensée pour mineure en regard de la grande tradition de Platon, d'Aristote, voire des stoïciens.
Son oeuvre et son école jouissent pourtant d'une grande actualité scientifique, depuis qu'au milieu du Siècle des lumières fut exhumée des cendres du Vésuve à Herculanum et progressivement déchiffrée - un travail toujours en cours - une bibliothèque antique dont le fonds principal semble avoir appartenu à un épicurien syrien, Philodème de Gadara, jusque-là connu seulement par quelques épigrammes d'anthologie. De cette impressionnante collection de papyri carbonisés émergent progressivement une foule de noms, d'auteurs, de textes, lettres soigneusement datées et classées, biographies, libelles polémiques, compendia, approfondissements de la doctrine : ils suggèrent des officines lettrées extrêmement actives, notamment au premier siècle avant notre ère.
Un manuscrit datant du XIVe siècle a livré, vers la fin du XIXe siècle, une collection de quatre-vingt-et-une maximes épicuriennes, dont la plupart étaient restées inconnues jusque-là, et qui furent baptisées Sentences vaticanes ou, en latin, Gnomologium Vaticanum.
L'épigraphie n'est pas en reste et nous apporte çà et là des noms d'épicuriens obscurs ou prestigieux - jusqu'à l'impératrice Plotine (65-121), épouse de Trajan -, sans compter l'intrigante question de la forte concentration d'épicuriens en Syrie. Elle nous apporte surtout, progressivement depuis la fin du XIXe siècle, une autre bibliothèque qui fascine, une bibliothèque sur pierre datée du second siècle de notre ère, la plus grande inscription de toute l'Antiquité, due à un vieillard épicurien, un certain Diogène, d'Oenoanda en Lycie dans l'actuelle Turquie, soucieux de transmettre à ses concitoyens et aux voyageurs de passage une doctrine de salut.
L'archéologie elle-même nous fait connaître plus de bustes d'épicuriens que de n'importe quel autre «intellectuel» de l'Antiquité. Se pose aussi, par exemple, la question du lien entre le dédicataire du poème de Lucrèce, vaste épopée didactique adressée à un certain Memmius, une lettre de Cicéron au sujet de menaces de destruction que le même Memmius, ou son père, faisait peser sur la maison d'Épicure à Athènes, alors entretenue comme une relique par ses partisans, et les restes encore imposants du «Monument de Memmius» à Éphèse.

 
 
Courrier des auteurs (en partenariat avec Fnac.com et lechoixdeslibraires.com)


1) Qui êtes-vous ? !
Je suis une universitaire (au croisement de l'histoire grecque, de l'anthropologie et de la philosophie), mais aussi une grand-mère, et j'ai la passion du jardinage... et de l'écriture.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Il s'agissait de présenter la sagesse d'Épicure, par un commentaire accompagnant un choix de ses textes. J'ai donc montré que pour Épicure la sagesse, c'est de devenir heureux à l'égal d'un dieu, et qu'on y parvient par le raisonnement physique d'une part et par l'amitié d'autre part : l'amitié de celles ou ceux qui vous accompagnent dans ce raisonnement.
Mais pour montrer cela je devais commencer par nettoyer les idées reçues sur la doctrine du plaisir ou sur l'athéisme d'Épicure !
J'ai donc expliqué d'abord qui était Épicure, quelle était son école communautaire, ouverte aux femmes, aux esclaves, aux étrangers sans distinction, et comment cette école est restée active et répandue jusqu'en Italie, en Syrie, en Turquie ou... en Gaule pendant cinq cents ans. J'ai ensuite expliqué sa doctrine physique, une doctrine révolutionnaire qui n'a rien à envier, parfois, à nos physiciens contemporains théoriciens des univers multiples ! Enfin j'ai mis à jour les racines de quelques contresens toujours en vogue aujourd'hui, pour poser les fondations correctes du plaisir épicurien.
L'épicurisme antique n'est pas athée, il repose sur le pilier d'une physique rationnelle garantie par le témoignage de la nature et culmine doublement dans la clef de voûte de l'amitié et du plaisir, soudés par une théologie polythéiste ultrasimple, elle-même fondée en physique. Cette théologie est souvent ignorée ou mal comprise, à cause de nos préjugés d'héritiers du monothéisme.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Voici d'abord une phrase d'Épicure :
"De tous les biens que la sagesse ménage en vue de la béatitude dans la vie entière, le plus grand, et de loin, est la possession de l'amitié".
Et voici la mienne :
"La société des sages épicuriens n'est pas de celles qu'on administre en les sclérosant, mais de celles qui naissent, vivent et se vivent, où le salut d'un seul peut à chaque instant mobiliser tous les autres, et qui tirent d'elles-mêmes toutes les ressources de leur diffusion". [p. 126-127]

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une "Symphonie du Nouveau Monde" à l'envers, où ce serait les Indiens qui accueilleraient un naufragé venu de Grèce ou d'Europe et l'introduiraient en leur paradis encore vierge !
Les épicuriens aimaient l'idée que leur sagesse leur offrait comme une île, un havre de paix et d'autosuffisance inaccessible aux tourbillons de l'histoire. Comme la terre de Phéacie où aborde Ulysse naufragé !

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
D'abord, mais je ne suis pas la première, la lettre d'Épicure À Ménécée sur le bonheur.
Ensuite la curiosité, le désir d'en savoir plus sur une école de vie et de pensée que l'on connaît un peu mieux chaque année, grâce à des découvertes archéologiques sensationnelles et aux progrès techniques dans le déroulement et le déchiffrement des papyrus antiques. Nous voyons émerger des foules de noms et de textes plus ou moins fragmentaires, et l'on reconstitue progressivement même la grande oeuvre perdue d'Épicure Sur la nature. Parmi ces noms, on rencontre Virgile, Horace, César... !
Enfin l'idée qu'observer, penser, vivre, aimer, jardiner, tout cela va ensemble et que c'est comme cela qu'il faut aborder l'économie de demain.

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