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.. Zabor ou Les psaumes

Couverture du livre Zabor ou Les psaumes

Date de saisie : 18/09/2017
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Auteur : Kamel Daoud

Prix : 21.00 €
ISBN : 9782330081737
GENCOD : 9782330081737 Archiver cette fiche
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4ème de couverture

Orphelin de mère, indésirable chez son père remarié, élevé par une tante célibataire et un grand-père mutique, Zabor n'avait rien d'un enfant comme les autres. Il a grandi à l'écart de son village aux portes du désert, dormant le jour, errant la nuit, solitaire trouvant refuge dans la compagnie des quelques romans d'une bibliothèque poussiéreuse qui ont offert un sens à son existence. Très tôt en effet, il s'est découvert un don : s'il écrit, il repousse la mort ; celui ou celle qu'il enferme dans les phrases de ses cahiers gagne du temps de vie.
Ce soir, c'est un demi-frère haï qui vient frapper à sa porte : leur père est mourant et seul Zabor est en mesure, peut-être, de retarder la fatale échéance. Mais a-t-il des raisons de prolonger les jours d'un homme qui n'a pas su l'aimer ?
Fable, parabole, confession vertigineuse, le deuxième roman de Kamel Daoud célèbre l'insolente nécessité de la fiction en confrontant les livres sacrés à la liberté de créer. Telle une Schéhérazade ultime et parfaite, Zabor échappe au vide en sauvant ses semblables par la puissance suprême de l'écriture, par l'iconoclaste vérité de l'imaginaire.

Né en 1970 à Mostaganem, Kamel Daoud vit à Oran. Journaliste et chroniqueur, il a tenu durant plus de quinze ans, au Quotidien d'Oran, la chronique la plus lue d'Algérie.
Chez Actes Sud, il est notamment l'auteur d'un roman traduit dans le monde entier, Meursault, contre-enquête (2014, Goncourt du premier roman), ainsi que du recueilles indépendances. Chroniques 2010-2016 (2017).

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Passage choisi

1

(Dehors, la lune est un chien qui hurle, tordu de douleur. La nuit est à son faîte obscur, imposant d'immenses espaces inconnus au petit village. Quelqu'un secoue violemment le loquet de la vieille porte et d'autres chiens répondent. Je ne sais pas quoi faire ni s'il faut s'arrêter. La respiration encombrée du vieux rapproche les angles et oppresse les lieux. Je tente une diversion mentale en regardant ailleurs. Sur les murs de la chambre, entre l'armoire et la photo de La Mecque, la vieille peinture écaillée dessine des continents. Des mers sèches et perforées. Des oueds secs vus du ciel. "Noun ! Et le calame et ce qu'ils écrivent", dit le Livre sacré dans ma tête. Mais cela ne sert à rien. Le vieux n'a plus de corps, seulement un vêtement. Il va mourir parce qu'il n'a plus de pages à lire dans le cahier de sa vie.)
Écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l'immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire. Mais il fallait écrire toujours, sans cesse, à peine le temps de manger ou d'aller faire mes besoins, de mâcher correctement ou de gratter le dos de ma tante en traduisant très librement les dialogues de films étrangers ravivant le souvenir de vies qu'elle n'a jamais vécues. Pauvre femme, qui mérite à elle seule un livre qui la rendrait centenaire.
A strictement parler, je ne devais plus jamais lever la tête, mais rester là, courbé et appliqué, renfermé comme un martyr sur mes raisons profondes, gribouillant comme un épileptique et grognant contre l'indiscipline des mots et leur tendance à se multiplier. Une question de vie et de mort, de beaucoup de morts, à vrai dire, et de toute la vie. Tous, vieux et enfants, liés à la vitesse de mon écriture, au crissement de ma calligraphie sur le papier et à cette précision vitale que je devais affiner en trouvant le mot exact, la nuance qui sauve de l'abîme ou le synonyme capable de repousser la fin du monde. Une folie. Beaucoup de cahiers qu'il fallait noircir. Pages blanches, 120 ou plus, de préférence sans lignes, avec protège-cahier, strictes comme des pierres mais attentives et avec une texture grasse et tiède pour ne pas irriter la surface latérale de la paume de ma main.
(Un bref toussotement. Bon signe. La lumière revient dans la pièce et le corps du mourant semble moins gris. Un filet de bave brillante descend de la bouche tordue par le dentier et s'épuise sur le menton.)
J'en achetais des quantités, en calculant selon le nombre des gens que je rencontrais ou que la rumeur disait déjà mourants pour cause de maladie, de vieillesse ou d'accident : deux par jour, parfois dix ou plus ; une fois, j'ai acheté soixante-dix-huit cahiers d'un seul coup, après avoir assisté au mariage faste d'un voisin (assis seul au sol avec un horrible plat de viande que je n'ai pas touché, insensible à la musique hurlante, le corps insonore, ignoré par tous sauf par le marié en costume ridicule qui est venu me serrer rapidement la main) et après avoir eu l'imprudence de dévisager beaucoup de gens dont j'étais devenu responsable, garant de leur longévité sans qu'ils le sachent. Car j'étais le rameur et ils étaient les voyageurs, ô mon Seigneur !
(...)

 
 
Revue de presse

Sophie Joubert - L'Humanité du 14 septembre 2017
Fable singulière aux multiples strates de sens, le deuxième roman de Kamel Daoud est la confession d'un homme déchiré, le ressassement torrentiel et souterrain d'un être en marge. Noircissant des milliers de pages, volant les titres de ses cahiers aux plus grands auteurs, Zabor est l'homme aux mille et un livres qui, comme Shéhérazade, soir après soir, prolonge non seulement sa propre vie mais aussi celle des autres. Quand son père, cruel roi sans couronne, agonise à son tour, Zabor se demande s'il mérite d'être sauvé...
Construit en trois parties, « le corps », « la langue », « l'extase », ce conte initiatique raconte un long et douloureux cheminement vers l'émancipation. Tiraillé entre dieu et diable, Zabor est double, rongé par un « chien intérieur » qui le fait hurler de douleur...
Souvent sommé de choisir son camp, parfois attaqué pour ses prises de position de journaliste et chroniqueur, Kamel Daoud rend hommage avec ce roman fiévreux aux pouvoirs infinis de la fiction et de la littérature, son vrai lieu.

Macha Séry - Le Monde du 14 septembre 2017
A travers le personnage d'Ismaël, dit Zabor, narrateur de ­Zabor ou Les Psaumes, Kamel Daoud décrit un miracle dont il fit, sans doute, l'expérience : la naissance à la littérature. La découverte de cet infini : l'imagination. Jouer avec des mots comme avec des «osselets», inventer mille histoires sous des titres empruntés aux chefs-d'oeuvre du patrimoine, dialoguer en esprit avec des écrivains disparus, pratiquer la calligraphie comme on prodigue une caresse...
Aucune date, aucun nom de pays, n'est mentionné dans cette anti-Peau de chagrin. Kamel Daoud le fabuliste y porte jusqu'à l'incandescence le plaisir de la langue, dont il gorge son récit capiteux. Ce faisant, il démontre que la fiction a bel et bien un pouvoir titanesque. Mieux, démiurgique.

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