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.. Les Bourgeois

Couverture du livre Les Bourgeois

Date de saisie : 27/11/2017
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Auteur : Alice Ferney

Prix : 22.00 €
ISBN : 9782330081775
GENCOD : 9782330081775 Archiver cette fiche
Commander ce livre sur Fnac.com Sorti le : 16/08/2017

 
 
4ème de couverture

Ils se nomment Bourgeois et leur patronyme est aussi un mode de vie. Ils sont huit frères et deux soeurs, nés à Paris entre 1920 et 1940. Ils grandissent dans la trace de la Grande Guerre et les prémices de la seconde. Aux places favorites de la société bourgeoise - l'armée, la marine, la médecine, le barreau, les affaires -, ils sont partie prenante des événements historiques et des évolutions sociales. De la décolonisation à l'après-Mai 68, leurs existences embrassent toute une époque. La marche du monde ne décourage jamais leur déploiement.
De Jules l'aîné à Marie la dernière, l'apparition et la disparition des personnages, leurs aspirations et leurs engagements rythment la formidable horlogerie de ce roman très différent d'une simple saga familiale. Car c'est ici le siècle qui se trouve reconstruit par brèves séquences discontinues, telle une vaste mosaïque où progressivement se détachent les portraits des dix membres de la fratrie - et un peu leurs aïeux, et déjà leurs enfants.
Sur cette vertigineuse ronde du temps, Alice Ferney pose un regard de romancière et d'historienne. A hauteur de contemporain elle refait la traversée. Allant sans cesse du singulier au collectif, du destin individuel à l'épopée nationale, elle donne à voir l'Histoire en train de se faire, les erreurs, les silences coupables, les choix erronés qu'explique la confusion du présent. Ample et captivant, Les Bourgeois s'avère ainsi une redoutable analyse de nos racines : un livre qui passe tout un siècle français au tamis du roman familial.

Toute l'oeuvre d'Alice Ferney est disponible chez Actes Sud, notamment L'Élégance des veuves (1995 ; adapté en 2016 pour le cinéma par Tran Anh Hung sous le titre Éternité,), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et Bibliothèques pour tous), La Conversation amoureuse (2000) et Cherchez la femme (2013).

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Passage choisi

9 NOVEMBRE 2013

Je n'ai pas posé de questions bien sûr, ces moments-là ont quelque chose d'ombreux et de sacré, mais j'ai su qu'il s'était levé pour aller chercher du bois, qu'il avait arrangé les bûches dans le feu, et qu'à peine s'était-il rassis, satisfait des flammes relancées, ayant posé le tisonnier contre le coin de la cheminée, il était mort. Cela n'avait duré que quelques secondes. Si d'aventure il s'était apprêté à reprendre la conversation, il n'avait pu le faire. Sans avertissement, les battements de son coeur s'étaient interrompus, au moment du café, juste après le déjeuner. Sa femme n'avait pas eu le temps de dire un mot. Jérôme, qu'as-tu ? Ou bien : Jérôme, ça ne va pas ? La syncope avait été immédiate, le sang n'était plus propulsé au cerveau, la mort cérébrale adviendrait. Toute sollicitude avait été inutile, comme devient sans usage, abrogé d'un seul coup, ce qui fait partie de la vie et que l'on n'a plus à offrir aux défunts. De quoi ont-ils besoin ? De rien sinon de notre mémoire. Jérôme Bourgeois n'était plus. Sa tasse pleine fumait encore et il ne la boirait pas. Peut-on boire le café d'un mort, si on le fait pense-t-on ce qu'on pense habituellement d'un café (il est froid, il est trop sucré, trop fort, il est bon) et si on ne le fait pas, que pense-t-on au moment de le jeter dans l'évier ? Je me le demanderais en songeant à ce détail, parce que je connais cette éducation qui interdit de gâcher et que la génération de Jérôme l'avait reçue. Mais non, penserais-je, dans l'instant où quelqu'un vient de mourir personne alors ne boit plus, le temps de la vie se suspend, le trépas accapare l'attention, l'aspire comme un trou noir la matière cosmique, et tout le café de ce jour funeste est jeté. Peut-être même, dans l'affolement, les tasses avaient-elles été renversées, et Jérôme, immobile et silencieux malgré ce fracas (ayant enfin atteint l'indifférence), prouvait de cette façon qu'il n'était bel et bien plus de ce monde réel et prosaïque où les objets tombent, où nous sommes émus et maladroits, où nous mangeons et buvons. Il avait fini d'entendre ceux qui tout de même lui parlèrent à cet instant, une dernière fois, doutant encore à côté de son corps affaissé de ce qui semblait lui être si vite arrivé : mourir.

Etait-il déjà mort vraiment lui qui venait de charger le feu ? La rapidité de l'événement expliquait que l'on n'y crût pas. Jérôme ? Jérôme, m'entends-tu ? avait dû demander son vieux camarade, pour être sûr, et pour donner de la noblesse au malheur. N'est-ce pas épouvantable d'admettre dans l'instant et sans hésitation la disparition d'un ami ? Comme si on s'en accommodait aussitôt, qu'on s'y était attendu et que c'était une évidence. Comme si, à tout moment, on avait à l'esprit que la mort peut fondre sur un malheureux sous nos yeux coutumiers du drame.
- Tu ne m'entends pas, Jérôme ?
Avec espoir l'ami avait répété sa question, mais sans insister, car Jérôme de toute évidence avait cessé pour toujours de répondre. Quelque chose d'inhabituel, un jamais vu de son visage, indiquait qu'il n'était pas seulement évanoui. Et l'ami pensa : Oh oui, hélas, il est mort ! Et il avait aussitôt regardé Clarisse, saisie elle aussi, qui s'était précipitée vers son mari puis figée.

(...)

 
 
Revue de presse

Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 23 novembre 2017
Alice Ferney propose aujourd'hui un livre d'une considérable ambition, qui confirme en même temps la puissance de son souffle narratif et la prégnance d'une vision plutôt traditionaliste du monde...
Avec le talent qu'on lui connaît pour les vastes fresques, elle dépeint une société traversant les époques sans vraiment connaître de changements. Le roman familial se fait ici roman d'une classe aisée, sûre d'elle et de ses valeurs, qui, avec une incroyable vitalité, paraît se perpétuer à l'identique, malgré les drames et bouleversements de tous ordres qui affectent le siècle.

Frédéric Mounier - La Croix du 31 août 2017
La majuscule n'est qu'un prétexte. Les «Bourgeois» autour desquels Alice Ferney tisse une tapisserie de haute lice sont l'archétype des bourgeois de l'Ouest parisien...
Là où Denis Tillinac se veut militant, Alice Ferney se contente d'observer et d'aimer ses personnages, qui sont aussi, on le sent, ses aïeux, ses cousins et cousines. Avec tendresse, elle grave une France qui s'est voulue éternelle, sans jamais y réussir, si ce n'est dans ses propres enfants.

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