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Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Cahiers du cinéma, Paris, France | Festival international de Locarno, France
Auteur : Aki Kaurismäki | Peter Von Bagh
Traducteur : Anne Colin du Terrail
Prix : 30.00 €
ISBN : 978-2-86642-452-7
GENCOD : 9782866424527
Lorsqu'on a pour la première fois en France, dans les années quatre-vingt, entendu parler de Kaurismäki, il y avait deux prénoms pour un nom. Aki et Mika son frère, tous deux cinéastes finlandais, qui nous faisaient découvrir à la fois un cinéma inventif, une troupe d'acteurs, des paysages et des villes à partir de zéro. Il y avait donc un cinéma en Finlande et des cinéastes cinéphiles sur les traces de Robert Bresson, de Jean-Luc Godard ou encore d'un acteur fétiche de la Nouvelle Vague, Jean-Pierre Léaud.
Depuis, seize longs métrages plus tard, Aki Kaurismäki conquis une réputation mondiale d'auteur à part entière. Il suit une voie tout à fait personnelle, aux confluents, comme le pays d'où il vient, de cultures métissées, particulièrement influencé par la civilisation russe et son épisode soviétique.
Son premier long métrage en 1983 est une adaptation de Crime et châtiment, en 1992 il adaptera dans un studio en région parisienne La Vie de Bohème, en 1989 Les Mains sales, et en 1999 le chef-d'oeuvre de la littérature finlandaise Juha. Il est lui-même un écrivain, même s'il a choisi de s'exprimer par le cinéma.
Il doit l'un de ses plus grands succès Leningrad cow-boys à un groupe de musiciens déjantés, coiffés d'immenses bananes et de bottes aux bouts hyper pointus, portant le même nom, et qui mêle les musiques traditionnelles au tango, à la country, au rock n'roll et à la musique de fanfare.
En 2002, L'Homme sans passé est sélectionné au festival de Cannes, nominé aux Oscars à Hollywood et rencontre un grand succès public. En 2006, il revient en compétition au festival de Cannes avec Les Lumières du faubourg. Ces deux films portent la vision du monde selon Kaurismäki, de cette partie de l'Europe du Nord où les êtres humains cherchent à recoller les morceaux d'une identité éclatée par les guerres du xxe siècle et la nouvelle ère de la globalisation. Les langues se mélangent, le chômage est partout, des réminiscences de cultures et d'expressions artistiques circulent, par la littérature ou les chansons, quand les hommes et les femmes se rencontrent, mais le mal est fait. «Le sens de la vie est de se forger une morale personnelle qui respecte la nature et l'homme, puis de s'y tenir» (A. Kaurismäki).
Le dialogue avec Peter von Bagh est une complicité de longue date, lorsqu'ils échangeaient leurs opinions cinéphiles à la sortie de la cinémathèque d'Helsinki, ou encore lorsqu'Aki Kaurismäki proposait ses articles à la revue que dirigeait Peter von Bagh. Désormais, dit ce dernier, c'est moi qui l'écoute. Ces entretiens sont la manifestation la plus évidente que ces deux-là ont beaucoup à échanger, qu'ils se respectent et s'écoutent dans des conversations intenses qui permettent au lecteur de pénétrer dans l'univers cinématographique d'Aki Kaurismäki.
Depuis ses débuts Aki Kaurismäki travaille avec la même équipe, dont une photographe de grand talent qui a suivi tous ses tournages, Marja-Leena Hukkanen, qui permet aujourd'hui d'illustrer ces entretiens de superbes photos de plateau et de tournage.
Peter von Bagh est un des meilleurs historiens de cinéma. Il vit et travaille à Helsinki où il anime une revue de cinéma Filmihullu. Il a dirigé la cinémathèque finlandaise où il a rencontré Aki Kaurismäki. Il a créé avec lui un festival de cinéma au cercle polaire qui s'intitule le Festival du soleil de minuit et se déroule tous les ans en juin quand le jour dure 24 heures. Il est également le directeur artistique du festival de Bologne. Il est l'auteur d'une trentaine de livres sur le cinéma et notamment d'une histoire du cinéma mondial. Il réalise régulièrement des films, des documentaires pour la télévision et des émissions radiophoniques.
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Les histoires ont toujours été très importantes pour Kaurismäki. Il lisait sans arrêt, et a continué depuis. Et il est tout aussi épris de littérature que de cinéma. C'est à vrai dire un écrivain de grand talent, qui se trouve juste n'avoir jamais publié (ni peut-être même écrit) aucun livre. Nombreux sont ceux qui l'ont constaté.
Aki Kaurismäki a été recalé au concours d'entrée de l'école finlandaise de cinéma, car jugé «trop cynique». C'est pourquoi ses séjours à Munich ont été importants. Son frère Mika y faisait ses études à l'école de cinéma locale, et la cinémathèque était dirigée par une légende, Enno Patalas. Les séances de la cinémathèque ont servi d'université à Aki, qui, en ce qui concerne la pratique et la technique de la réalisation, s'est formé en autodidacte.
Aki a donc commencé sa carrière cinématographique comme scénariste et acteur principal du premier film de son frère, Le Menteur. Le nom de son personnage, Ville Alfa, est un clin d'oeil au titre du film de Godard. C'est aussi le nom que les deux frères ont donné à leur société de production commune (Villealfa) ; quand leurs chemins se sont séparés, la firme d'Aki est devenue Sputnik, celle de Mika, Marianna.
L'entretien publié ici a été en majeure partie enregistré au Portugal, près de Porto, où Aki Kaurismäki passe le plus clair de l'année, loin de l'agaçant tapage finlandais. Il n'y est de toute évidence pas en touriste.
Kaurismäki a relu une dernière fois en janvier-février 2006 le texte de cette interview, la plus longue de sa carrière. On peut bien sûr aussi, avec les bribes éparpillées de tous côtés, reconstituer le puzzle le plus fascinant qui soit. L'impression est souvent celle d'une avalanche de plaisanteries, mais l'énorme succès des conférences de presse de Kaurismäki repose sans doute au fond sur le fait qu il est toujours sérieux. Le puzzle de ses phrases étranges demeure cependant un régal. (...)
Cet ouvrage est au moins aussi, dans un premier temps, publié en français. La «filière française» est sentimentalement signifiante. Ville Alfa, le personnage interprété par Aki Kaurismäki, se retrouve à Paris à la fin du film Les Indignes (Mika Kaurismäki, 1982). À l'arrière-plan de sa chambre d'hôtel, on voit la tour Eiffel... Comme Aki l'a lui-même dit, les derniers mètres ont été filmés dans cette ville parce que «entre Paris et le paradis, il n'y a qu'un jet de pierre». Le tournage de La Vie de bohème par l'équipe de Kaurismäki, dans la proche banlieue de la capitale, a par la suite apporté un magnifique contrepoint aux séjours de rêve qu'ont fait à Paris les peintres et les écrivains de «l'âge d'or» de l'art finlandais, un siècle plus tôt.
Extrait de l'avant-propos